15 mai 2013

La baisse d'audience des blogs ?

Thierry Roget a fait un billet en début de mois : le constat est clair… La fréquentation des blogueurs Geeks est en baisse. Il parle bien sûr de son blog mais aussi des autres grands a tenues du domaine : ils risquent d'avoir des problèmes de revenus publicitaires.

Je ne suis pas concerné. Je n'ai pas de revenus. Je dis d'ailleurs souvent que l'audience ne doit pas être importante pour un blog (sans publicité) même si elle est évidemment une source de satisfaction. Par exemple, j'ai fait un billet qui explique comment réparer le bouton Home d'un iPhone : il marche très fort et les lecteurs viennent me remercier.

Par contre, il faut bien reconnaître que le manque d'audience (qui se traduit par des chiffres d'un compteur de visites mais aussi par une baisse du nombre de commentaires) crée une immense frustration. Je publie tous les mois sur mon annexe les chiffres pour mes quatre principaux blogs (voir par exemple les chiffres pour avril).  

Ma propre audience n’a pas baissé. Le nombre global de lecteurs n’a changé sur aucun blog sauf sur Partageons nos agapes. Par contre, sur les trois blogs principaux, j’ai beaucoup plus de billets qui « ne marchent pas tellement ». Sur le blog, en question, j’en ai fait un, avant-hier, à propos de Raymond. 71 visites. Par contre, j’ai des billets qui cartonnent et ça fait remonter le tout.

Le problème des billets qui cartonnent ne sont pas ceux qui, non seulement, me tiennent le plus à cœur, mais en plus me semblent les plus intéressants pour mes lecteurs. Par exemple, dans ce blog, j’ai fait en février un billet qui a eu plus de 15000 visites. Je m’étais trompé de blog pour le faire, c’était pour décrire ma voiture de location. J’y avais une Golf 7, et j’étais probablement un des premiers à l’essayer dans les blogs… Je m’en fous. Par contre, plus récent, j’ai fait un billet bien travaillé pour dire pour quoi on appelait ainsi une application : 280 visites.

En illustration : la courbe d'audience de ce blog avec l'effet Golf 7 (et bouton iPhone) sur les derniers mois.

J’ai constaté un autre phénomène. : le succès des billets vient souvent plus tard. Par exemple, mon billet d’hier soir n’a eu, en tout, que 95 visites. Je suis persuadé qu’il en sera à plus de 150 dans deux jours.

Enfin, même si sur le blog politique je suis un gros blogueur, sur les autres, j’ai relativement peu de commentaires. Tous les « petits blogueurs », ceux qui ne vivent pas de la publicité, diront la même chose : c’est frustrant parce qu’au final, c’est la seule solution qu’on a réellement pour savoir si le blog continue à avoir des visiteurs réguliers tout en sachant que les billets légers ont beaucoup plus de commentaires que les billets travaillés.

Par contre, je n’ai aucune évolution du nombre de visites en provenance des moteurs de recherche. Il y a bien eu un coup de mou correspondant globalement à toute l’année 2011, mais c’est reparti depuis. Les blogueurs Geek ont beaucoup parlé des évolutions à venir de Google et Thierry en a fait un autre billet et c’est à lui que je voulais répondre, ici, après avoir étudié en détail mes visiteurs.

Il tire une conclusion en quatre points :

« C’est google le maître, on ne peut rien faire sinon suivre les règles qu’il nous impose. Heureusement que les règles sont des règles de bon sens et que si on blogue honnêtement sur le long terme, ça ne peut que payer. » Je confirme : les règles de bon sens fonctionnent bien. Par exemple, j’ai la ferme impression que le contenu que je produis est moins piraté : les recherches Google viennent bien chez moi. J’ai plusieurs « preuves », notamment le succès de mon billet sur la Golf mais aussi le trafic Google se maintient et que les fermes de contenu ne m’envoient plus de visites.

« Attendons nous à des fluctuations de trafic régulières : positives ou négatives. » Oui, mais c’est déjà le cas.

« Certains blogueurs vont abandonner leur activité. » C’est aussi déjà le cas.

« Et oui, c’est la triste réalité, franchement passer des heures à bloguer pour ne gagner que des clopinettes, il y a de quoi se décourager.  Même si on ‘aime partager, il faut aussi remplir le caddy de course. Il faut donc avoir les reins solides pour passer ce cap difficile. » Combien de blogueurs vivent de leur activité.

« Personnellement, j’envisage de passer à autre chose. »

Fais pas le con ! Tu vas nous manquer !


Le rapport Lescure expliqué aux geeks par un blogueur politique

Des blogs geeks évoquent les évolutions possibles de notre Internet avec le rapport Lescure, comme Gothaweeks (très intéressant car très bien résumé). Etant un blogueur politique replet proche du Gouvernement, j’aime bien donner une autre version, d’autant que je ne suis pas spécialement d’accord avec le rapport en question.

Tout d’abord, c’est un machin ultraprécis qui n’aurait jamais du sortir des cabinets ministériels et qui a probablement mal été présenté puisqu’il n’en ressort qu’une nouvelle taxe et la fausse suppression d’Hadopi.

Surtout, c'est un machin avec un tas de mesures qui ne font que nous orienter vers la licence globale parce qu’elle est inéluctable.

Je vais faire court puisque j’ai déjà traité le sujet sur le blog politique. Bientôt, la plupart des œuvres culturelles (musiques, films, livres, …) seront essentiellement disponibles sur le net par un système d’abonnement.

D’ailleurs, la nouvelle Geek du jour (même diffusée par Le Point) est que Google s’apprêterait à sortir un site de musique en streaming, concurrent de Deezer. Ils auraient signé un accord avec des maisons d’édition.

C’est inéluctable. Je bosse à la Défense, avec les collègues, on passe notre temps chez Virgin qui fait des soldes depuis lundi puisqu’ils vont bientôt fermer. Dès lundi soir, il ne restait plus de matériel électronique. Aujourd’hui, il reste quelques CD et plein de livres (ces derniers ne peuvent pas être soldés puisque le prix est fixé nationalement pour sauvegarder les librairies). Ainsi, les librairies Virgin vont disparaître… Même le livre va se déporter vers les tablettes très rapidement.

Ainsi, toutes les mesures du rapport Lescure vont dans le sens de l’accompagnement de ce changement.

La nouvelle taxe, par exemple… Elle est présentée à l’envers. Par exemple, l’article que je cite dit que : « La rémunération pour copie privée n’est pas remise en cause. » Certes ! Mais la copie privée va disparaître progressivement et naturellement. La copie privée est appliquée aux appareils avec la capacité à stocker de la musique ou des films (ça a commencé par les cassettes… et c’est arrivé aux tablettes et smartphones). Dans la mesure où, avec le streaming, on n’a plus besoin de capacité de stockage de musique, la rémunération correspondante pourrait disparaître. D’où l’idée de taxer autre chose…

Les autres mesures tournent essentiellement, d’une part, autour de l’élargissement de l’offre de manière à garantir l’accès à la culture du fait du tout numérique (que vont devenir certains livres disponibles essentiellement dans les bibliothèques municipales, par exemple ?) et d’autre part à réformer toutes les structures en charge de réguler tout ça, de récolter et répartir les taxes destinées à financer la création…

Ce qui concerne la suppression d’Hadopi est essentiellement pour répondre à promesse de campagne tout en rassurant les éditeurs, notamment avec une lutte contre les sites de streaming illégaux (et commerciaux…). Mais à partir du moment où on sera passé à la licence globale, quel intérêt de lutter contre le piratage ?

Enfin, le passage à la licence globale fait face à des problèmes techniques : comment rémunérer les artistes (producteurs, auteurs, …) en fonction de « la quantité » ? La réforme des structures est donc nécessaire et il nous faudra bien des années avant d'y venir.

Cela est mon avis et je le partage.

Ainsi, contrairement à beaucoup de textes de lois parus auparavant dans le domaine, je crois qu'il ne faut pas étudier chaque point individuellement, tout cela étant technique et de nature à nous ronchonner, mais d'un ensemble de mesures ou d'études pour nous préparer à l'informatique de demain...

14 mai 2013

Rapidité des lecteurs de flux

Je continue à tester Netvibes et Yanobs Reader pour préparer le remplacement de Google Reader.

Yanobs Reader :

Je suis très perturbé par l'ordre d'affichage des flux, différent entre Google Reader et Yanobs Reader.

Mon billet du présent blog (flèche cyan) est le dernier dans mon GR. Ils sont à la même heure (dans YR, c'est en GMT). Il est premier dans le GR.

Le billet de ma copine Miss Clooney est deuxième dans Google Reader (flèche mauve ajoutée sur YR) et a un titre différent. Ensuite, on a mon billet d'un autre blog (flèche bleue sur YR) et en suite (flèches vertes) un tas de billet du blog en question, comme s'il venait de "capter" le flux.

Enfin, on a le billet de Presse Citron (flèche rouge).

Yanobs Reader semble ne pas suivre l'ordre chronologique.

En outre, des billets de ce matin (avec GR), ceux de mon copain Bab, viennent d'arriver dans YR.

Netvibes :
 
Les billets sortent à peu près en même temps sur YR et GR mais arrivent beaucoup plus tard sur Netvibes (je fais le test avec un billet de ma copine Elooooody, celui que je cite dans le billet avec la flèche bleue). Dans GR, il est dété de 15h46 (dans YR, en GMT, ça donne 13h46) mais n'est toujours pas arrivé dans Netvibes. Mes billets du présent blog et de l'annexe que j'ai fait vers 16h15 (il est 17h15) n'y paraissent pas.

Par contre, les billets récents de Presse Citron y sont bien. Favoritisme ;-)

C'est étrange.

Le billet de Jacques Etienne, vient d'arriver (17h20). Il est daté

Un casse brique dans Google Images

Allez dans Google Images et tapez "atari breakout". Vous tombez sur un casse-brique (qui n'est pas interdit par le proxy du bureau). C'est l'anniversaire (37 ans) de la sortie de ce jeu chez Atari...

(via Presse Citron)

La carte des cercles

Voila la carte des braves gens qui m'ont foutu dans leurs cercles Google+. Indispensable, non ?

08 mai 2013

Débile Blogger

Dans mon dernier billet, je faisais la publicité de l'application Blogger pour l'iPhone. 

Connerie !

On ne peut plus insérer de code HTML donc faire de lien. 

Remplacer Google Reader : Yanobs Reader

Hier, Google rappelait aux utilisateurs de Google Reader que le service allait bien fermer le 1er juillet. Ce matin, Google chie dans la colle. Récemment, Thierry nous citait une liste de remplaçants potentiels.

Mon préféré est Netvibes mais je suis abonné à trop de blogs, il ne me convient pas vraiment, d'autant qu'il n'a pas de version sur smartphone. Je pense, comme je l'ai déjà dit, que je vais opter pour Yanobs Reader. Depuis la dernière fois que j'en ai parlé, la version sur mobile a bien progressé.

Par contre, certains pourraient être rebutés lors de la première utilisation (ou, comme moi à l'instant, la première utilisation après longtemps), la mise à jour des flux est très lente et on a l'impression d'un certain cafouillage. Par contre, le produit est très bien pour une utilisation au quotidien sur PC (je n'ai pas assez testé la version mobile pour la recommander mais les tauliers semblent assez bien penser aux utilisateurs, plus qu'à une ergonomie alléchante).

Nouvelle application Blogger pour iPhone

Je l'ai téléchargée hier matin. La principale différence visible est la possibilité de faire du gras et de l'italique sans passer par du HTML (voir les boutons B et I) et de placer les illustrations ailleurs qu'à la fin du billet, tout en les voyant dans la fenêtre d'édition.

Les billets de blog trop longs

Depuis quelques temps, j’ai recommencé à faire des billets de blogs trop longs. Entendons nous bien : tous les billets de blog longs ne sont pas trop longs. Certains, si. Par exemple, le présent billet sera un peu long parce qu’il faut que je démontre ce que je dis.

Reprenons. Ca fait six ans ou presque que je recommande de faire des billets de blogs aussi courts que possible. Si vous les faites trop longs, vous faites perdre du temps aux lecteurs qui finissent par déserter le blog. Ceux qui restent, le font par amitié. C’est encore pire que tout : vous faites perdre du temps à des « amis » (je mets des guillemets : nous restons dans les réseaux sociaux…).

Je vais donner un exemple. Hier, dans le blog politique, j’ai fait un billet à propos de Nicolas Sarkozy qui parle de son retour en politique. Le billet n’est pas très long mais un poil trop. J’aurais pu le couper avant le paragraphe qui commence par « Dans un entretien ». J’aurais même pu faire plus court avant vu que je n’avais pas grand-chose à dire. Je voulais dire : « Il se croit indispensable et se prend pour le messie. Pour qui se prend-il ? Les copains blogueurs, il ne faut pas le lâcher ! » Ce billet me prenait à cœur, il « fallait » que je le fasse. N’ayant rien à dire, j’ai brodé. C’est une erreur. D’ailleurs le nombre de lecteurs est très faible (à un près, exactement le même que celui où j’annonce le Kremlin des Blogs : c’est le minimum que je fais pour ce blog, quand je fais des billets « de service » pour les copains : légèrement inférieur à 300 lectures). J’aurais fait 10 lignes bien claquantes, bien militantes, il aurait eu des dizaines de RT…

Un autre exemple, celui qui est à l’origine de ce billet. Hier, j’ai fait un billet « de rien » sur le blog bistro. Il s’agit de retrouver l’origine de l’expression « pédé comme un foc » ou « comme un phoque ». Il est beaucoup trop long.

Je m’en explique : j’avais le sujet et je savais que je pourrais déconner avec pour tirer des sourires aux lecteurs. Dans l’introduction, je fais une longue parenthèse : elle ne sert à rien. Je fais un deuxième paragraphe d’introduction, il ne sert à rien. La deuxième moitié, celle où je parle du mot « pédéraste » ne sert à rien. Ou alors, j’aurais du en faire un autre billet, un jour. Tout ce qui est à partir « Toujours est-il » aurait pu être supprimé.

Toujours est-il… Que j’ai eu l’idée du billet à 17h40. Il fallait que je quitte le bureau à 18 heures pour être à l’heure au Kremlin des Blogs et donc que je finisse le billet à 17h55 pour finir la lecture de mes mails. Mais j’étais parti. Je suis rentré dans ce mode qui me permet de pondre des tartines rapidement. J’ai effectivement fait ce billet en 15 ou 20 minutes (pas mal, non ?), y compris les recherches documentaires sur le « vent apparent » et la « pédérastie ».

Les conséquences de ce billet trop long :

Petit 1 : le nombre de commentaires et de visites est relativement bas (je dis bien relativement, je ne suis plus très actif sur ce blog, donc il fonctionne peu).

Petit 2 : j’ai publié en urgence sans me relire. Le lecteur a donc l’impression que je me fous de sa gueule.

J’ai refait un billet court ce matin, pour tester. Un billet avec rien, comme j’aime. En une demi-heure, il a déjà plus de 50 visites. Je suis à peu près sûr de dépasser les 2 ou 300…

La taille idéale d’un billet « avec rien » est d’une dizaine de lignes. Sur l’annexe, où je fais n’importe quoi, un billet avec du texte, même court, aura 80 lecteurs. Les billets avec seulement une illustration et une ligne de texte en auront 100 de plus.

03 mai 2013

L'avant-projet pour les nuls

Dans tout projet informatique d’envergure, il y a une phase préalable, l’avant-projet, assez peu connue, souvent décriée. Elle est pourtant indispensable et mérite bien un joli billet avec un exemple amusant pour qu’on évite de se faire chier et pour vous permettre de comprendre plus facilement, même s’il y a du boulot.

Un peu de sérieux ! Imaginez que le Comptoir de Jégoun ne soit pas une excellente page Google+ mais une entreprise "vins et spiritueux" qui travaille avec l0% des bistros de France. J'en serais le patron, bordel.

Elooooody est la secrétaire générale. En d'autres termes, elle dirige les services centraux au siège, au Kremlin-Bicêtre : la compta, la facturation, l'informatique, le juridique,...

Melclalex est le directeur commercial. Il est à la tête d'une équipe de commerciaux répartis sur le territoire, chargés de prospecter les nouveaux clients et surtout d'assurer les relations avec les clients déjà "en stock". Ils font un tour mensuel pour présenter les nouveaux produits, prendre les commandes,...

El Camino est le directeur marketing. C'est lui qui gère le catalogue de produits avec les produits traditionnels (Ricard, Coca, ...) mais aussi les produits spéciaux : vins du mois,... Pour ce faire, il a une équipe de prospecteurs, dont FalconHill, chargé de visiter les viticulteurs du Sud Est afin de repérer de bons produits. Il y aussi Juju, par exemple, qui navigue à l'international et Hiéléna en charge des boissons non alcoolisés.

Et il y a une importante division logistique, chargée des entrepôts, des livraisons,...

Le cadre est posé. Vous avez des questions ?

Lors d'un conseil de direction, Melclalex, dit : "j'aimerais bien équiper mes commerciaux d'ordinateurs portables pour saisir directement les commandes des clients et leur présenter les produits."  En tant que patron, je réponds "Hein ? Ils n'en ont pas ? Je ne m'étais jamais posé la question." Tous les patrons sont à la ramasse.

David, représentant des salariés : "Dites, les gars, on ne pourrait pas avoir des tablettes, plutôt, c'est beaucoup moins lourd ?"

Je dis "banco ! On va voir." Je réfléchis quand même. L'utilité est évidente. La société gagnera en coût de traitement et en image de marque...

Je demande donc à chaque direction de détailler les impacts pour elle et d'éventuels autres besoins. Je confie à Elooooody la coordination initiale et aussi une estimation des coûts à grosses mailles.

On fait un rapide brain storming. Il y a les coûts :
- des tablettes, investissements donc amortissements, maintenance,
- de télécommunication (forfaits 3G sur les tablettes),
- de développements informatique des applications et des logiciels sur les serveurs,
- d'hébergement (au sens large) des serveurs.

Je propose à Elooooody de prendre rapidement un consultant généraliste qui devra nous assister pendant la phase de conception. Je l'autorise donc à dépenser jusqu'à 30000€. Elle choisit Bembelly à cause de la légende.

Dans ce billet, je ne peux pas parler uniquement de picole, il fait un noir et du sexe.

La pré-étude est lancée.

Un mois après, nous avons les chiffres et les besoins. Nous nous réunissons à nouveau et papotons. L'instinct initial est le bon : le projet est "profitable". Pendant ce mois, j'aurais consulté des concurrents, le syndicat,... Aucun produit sur le marché ne répond à nos besoins, bien trop spécifiques !

D'ailleurs vous les avez oubliés. Pire ! Vous les avez déformés. Vous vous êtes dit qu'on voulait une application iPad pour prendre les commandes des clients parce que c'est ce qui saute aux yeux. Moi, qui suis le patron, j'ai rebondi sur une demande de mon directeur commercial. Je vous la rappelle : "j'aimerais bien équiper mes commerciaux d'ordinateurs portables pour saisir directement les commandes des clients et leur présenter les produits." Et de David qui a dit qu'on pourrait passer aux tablettes.

On s'imagine donc un catalogue avec les produits et d'un système pour préparer les commandes : nombre de bouteille de coca, de litres de rouge,... Or notre cœur de métier, le plus par rapport aux concurrents, est notre équipe marketing qui va étudier l'offre pour faire de sympathiques propositions aux patrons de bistro.

Il s'agit de donner des outils à un commercial pour donner envie à un patron de bistro de proposer à ces clients un petit vin de pays repéré par Falconhill ou un thé au houblon trouvé par Hiéléna. Le but du projet n'est pas de faire un développement informatique mais de gagner du pognon en vendant plus !

Il n'empêche : les coûts du projet sont compatibles avec notre budget. On peut donc passer à la première phase : l'avant-projet.

Vous imaginiez déjà des informaticiens à l'ouvrage ? C'est raté.

D'autant que l'avant projet est le thème de ce billet.

La mission de Bembelly est prolongée. Il est nommé responsable de projet. Il a trois mois pour en bâtir l'ossature. Sa mission :

Petit 1 : définir exactement les besoins.
Petit 2 : repartir le projet entre les équipes informatiques.
Petit 3 : affiner les coûts, les plannings.
Petit 4 : penser aux détails. Ben oui ! Vous avez pensé à la formation des commerciaux pour éviter qu'ils merdent chez les clients ? Vous avez pensé aux tests de l'application (l'homologation), pour s'assurer qu'il n'y aura pas de régression et d'erreurs face au client.

Paf ! Le coût initial vient d'augmenter de 50%... Sinon, on risque de perdre des clients qui se retrouveraient sans Ricard mais avec 200 caisses de coca.

Petit 5, tant que j'y suis : est-ce que nous ne pourrions pas mutualiser les développements avec d'autres boîtes ?

Je résume. Une fois l'avant projet terminé, nous pourrons lancer les développements et tout ça... Mais nous n’en sommes qu’à l’avant projet.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de faire le tour du projet avec « méthode ». C’est pour ça que les gens n’aiment pas les avant-projets : il faut une méthode, respecter des documents, des normes, …

Par exemple, on a vu plus haut qu’on se trompait sur le périmètre du projet : il ne s’agit pas d’avoir un machin pour prendre les commandes mais d’un truc pour présenter des produits à un patron de bistro pour lui donner envie de proposer des produits à des clients. C’est important de le rappeler. Il faut entrer en situation. Un patron près de la caisse du comptoir pour surveiller le service avec en face de lui un commercial et, entre eux, une tablette que le commercial « lira à l’envers » (puisqu’elle sera tournée vers le patron) et qui fera défiler des pages selon les réponses et les questions du patron.

Proposons une méthode.

Chapitre 1 : introduction

On y rappellera les enjeux du projet, les contraintes, le périmètre, …

Chaque détail a de l’importance. Tiens ! Les contraintes. L’application doit être opérationnelle pour les commerciaux. Quoiqu’il arrive. Et y compris quand il n’y a pas de connexion à Internet. Un informaticien serait parti bille en tête avec un joli serveur interfacé avec une base de données commerciales issues du marketing (fiches produit,…) et le fichier des clients pour passer des commandes. Ben non ! Il faut que les informations soient en local, dans la tablette, avec une synchronisation quand la connexion Internet est établie. Les données commerciales et les informations propres au client doivent être dans le truc en permanence.

Ca conditionne toute l’architecture qu’on avait pu imaginer ! Pire ! Le machin pouvant fonctionner « off line », il n’y a plus besoin de connexion 3G, le commercial fera la synchronisation en Wifi quand il sera chez lui.

Le périmètre ? On doit ainsi aller de la phase commerciale de présentation des produits, jusqu’à pouvoir rappeler au client ses dernières commandes, saisir des commandes, … Il nous faut donc un interfaçage avec l’ancien système de gestion des commandes et des clients. Cette interface deviendra le nœud du projet, ce qui délimite le périmètre entre le nouveau système et l’ancien. C’est essentiel : il faut que les systèmes soient interopérables (en français : puissent causer entre eux) et on aura fatalement des évolutions de l’ancien, ce qui n’était pas prévu au programme.

Chapitre 2 : l’ancien système

On y décrira précisément le mode de fonctionnement de l’entreprise et donc le travail du commercial. On peut supposer, par exemple, que le matin il prépare sa journée en commençant par se renseigner sur les nouvelles offres. Après, il va voir les clients, étudie les commandes à faire puis tente de caser des nouveaux produits. Au fur et à mesure, il remplit un bon de livraison. Le soir, il le faxe et un opérateur saisit la commande. Je dis ça au hasard, ce n’est pas mon job.  Mais cette visite au client devra avoir été préparée : le bon de commande ne sera pas vierge mais comprendra la liste des produits habituellement commandés par le client, les quantités, … pour ne rien oublier. C’est donc bien avec un vrai listing que le commercial commencera sa journée.

Tiens ! Et qu’est-ce qu’on fait des opérateurs quand ils n’auront plus de boulot ? Ah ! Merde ! Mon projet contient une composante sociale…

Tiens ! Et avec le nouveau système, comment le commercial sera informé des nouvelles offres alors qu’il les recevait, auparavant, par courrier ?

Tiens ! Nos catalogues sont faits au format A4. Les produits doivent maintenant être présentés au format « tablette » (16/9). Il faut qu’on refasse tout ! Comment vont faire nos « FalconHill » à la recherche des petits vins de pays pour faire leurs plaquettes de présentation ?

Tiens ! Que fait le commercial si le patron n’est pas là ? Il laisse le catalogue… Mais alors ? Le machin sur tablette, on en fait quoi ? Il faut donc maintenir un catalogue papier en plus de la tablette ? Doit-il être A4 comme l’ancien ?

Tiens ! Et si le patron n’est pas là au moment de passer la commande, on fait quoi ? Il le fait par téléphone ?

Tiens ! Et le double de la commande qu’on laisse habituellement au client ? On « l’imprime » comment ?

On va se retrouver avec des problèmes bien éloignés de ceux qu’on imaginait au départ avec notre tablette… C’est toute l’organisation qu’il va falloir revoir. On est très loin d’un projet informatique.

Je prends au hasard mon dernier exemple, le double de la commande. Si le patron est sympa, il acceptera de la recevoir par mail. Sinon, il faudra bien que le commercial se déplace avec une petite imprimante (moins de 100 euros) et du stock de papier.

Chapitre 3 : l’organisation cible

Il va falloir décrire ce qu’on attend de lui… Tout compris, puisqu’avec le chapitre 2, on se retrouve avec un catalogue papier qu’on pensait supprimer.

Il y a bien sûr la phase commerciale avec l’application sur la tablette, mais il faudra couvrir toutes les facettes du métier, en décrivant le rôle de chacun des acteurs, ce qu’il attend. Par exemple, le FalconHill voudra pouvoir disposer d’un logiciel qui lui permette de faire ses présentations de produits au nouveau format. Il lui faudra donc un logiciel, une formation, des moyens pour alimenter le catalogue de la société (un mail, quoi !)…

Je ne vais pas détailler : il s’agit de décrire le fonctionnement de l’entreprise une fois qu’elle aura changé.

Chapitre 4 : les fonctions informatiques

J’accélère : à partir de l’organisation cible, on va pouvoir déterminer les fonctions informatiques qu’il faudra mettre en œuvre, ce qui permettra de préparer les cahiers des charges pour chaque intervenant, chaque acteur de l’informatique.

Stop !

Vous pourrez rajouter un tas de chapitres : la migration (ben oui, comment on fait pour passer d’un système à l’autre ?), la sécurité (ben oui, on accède à l’informatique par Internet et des couillons de commerciaux vont se promener avec des iPad qui pourront se faire voler comprenant une partie du fichier client qu’il faudra déclarer à la CNIL, …), les exigences en termes de performances (ben oui, s’il faut cinq minutes pour ouvrir une session pour répondre à une question d’un client, ça ne serait pas génial), …

Résumons tout ça

Nous étions partis de l’idée fougueuse d’un directeur commercial qui voulait que ses commerciaux présentent leur catalogue à partir d’une appli pour tablette et en trois mois de travail, le périmètre a été complètement modifié parce qu’il a fallu faire une analyse complète de tous les processus.

Le coût a évolué mais à la marge uniquement (il va falloir acheter des imprimantes…).

Un informaticien serait parti bille en tête. Une application pour iPad qui va accéder à une application d’un serveur avec la gestion de la base des clients et des commandes d’un côté et le volet commercial de l’autre. On aurait eu une application dont il aurait été très fier mais que les commerciaux n’auraient pas pu utiliser dans les bistros au pied des tours de la Défense : la 3G ne passe pas. Si on avait découvert ça après les développements informatiques, il aurait fallu tout repenser : les coûts auraient été presque doublés puisqu’il aurait fallu redévelopper une grande partie.

Pire ! Les commerciaux n’auraient pas pu se « saisir » du nouvel outil à cause de plusieurs défauts (ben oui, sans imprimante pour faire la copie de la commande…) et auraient donc refusé tout changement.

Pourtant, personne n’aime ces études préalables ou avant-projets… De la paperasse, du formalisme, …

Personne n’aime ça ? Sauf moi

En menant ce projet, Bembelly aura eu l’occasion de se mêler et de connaître tous le processus commercial de l’entreprise, de la rédaction de l’offre jusqu’au travail au quotidien des opérateurs de saisie, des commerciaux… C’est passionnant.

Il aura du faire face à des résistances ! Le directeur commercial, tiens ! Il aura voulu imposer une nouvelle informatique à ses employés sans savoir quels sont leurs besoins réels, comme fournir un récépissé d’une commande à un vieux client ronchon qui utilise des formulaires papiers depuis 40 ans. Bembelly aura du aller voir des commerciaux alors que leur chef ne voulait pas, pensant tout connaître. Et Bembelly aura sauvé la peau du chef qui voulait un système informatique qui n’aurait pas fonctionné.

Passionnant.

C’est dommage que je ne puisse pas parler de mon job…

(illustration)