11 février 2015

Numérique ou digital

C'est le blog du Modérateur qui traite du sujet. Faut-il dire "numérique" ou "digital" ? Pour se faire, il interroge d'éminents spécialistes. Allez le lire.

Je rappelle ma position : "digital" est à proscrire, c'est un mot moche, qui vient d'une marque commerciale et non pas de l'anglais avec une vague racine française, "digit" qui vient de "doigt" (ou vice versa). Il ne parle pas au grand public.

D'ailleurs, un toucher rectal pourrait aussi être appelé un toucher digital, pour vous dire.

10 février 2015

Transformation numérique : éviter le burn out !

Dans ses billets, l’ami Pierre poursuit sa réflexion sur le numérique. Dans le dernier, il pose la question : « la transformation numérique provoque-t-elle des Burn outs ? » Il répond par l’affirmative et affirme même que ces burn out doivent provoquer une baisse de la qualité pour y faire face. Je ne suis pas d’accord et vais vous coller mon argumentaire dans les oreilles pour pas un sou de plus.

Soyons précis : si la transformation numérique provoque le burn out et une baisse de qualité, elle est conne. Pesons nos mots et ne confondons pas les sujets, je vous prie. Les évolutions technologiques font qu’on est noyés sous les mails et qu’on est plus ou moins obligés de traiter ses mails professionnels en dehors des heures de bureau ce qui se termine par ce fameux burn out : quoi que l’on fasse, après « 18 heures », on est encore susceptibles d’être plongés dans le travail. Le burn out est une conséquence de ce progrès ou de ces évolutions mais est indépendant de la transformation. Il y a quinze ans, mon chef m’appelait souvent vers 21 heures sur son mon portable, toujours avec d’excellentes raisons.

A l’origine, le burn out n’est pas lié aux mails mais ces derniers ont fait en sorte qu’il n’y a plus de limite à l’intrusion du travail dans les temps de loisir. A partir du moment où vous deviez quitter le travail à 18 heures pour récupérer les mômes, vous étiez sûrs d’oublier le travail jusqu’au lendemain. Cela étant, démerdez-vous. Du moins, je ne peux pas grand-chose à part rappeler les conseils de base : éteignez vos smartphone professionnel le week-end et après 20 heures. Ne consultez vos mails professionnels pendant les heures de loisir que si vous avez le temps ou si cela vous aide réellement et en vous fixant des limites.

Comment profiter de la transformation numérique pour éviter les burn out et les couilles à l’air ?

La transformation numérique ne doit pas être considérée en premier sous l’aspect technologique mais prise en compte dans quelque chose plus global, comme dans un processus de long terme.

Prenons un exemple : il y a dix ou quinze ans, les banques ont permis aux particuliers de consulter leurs comptes en ligne. De fait, les relevés de compte que l’on recevait par la poste ont perdu de leur importance d’autant que les opérations électroniques se développant, les pointages sont devenus secondaires. Dans l’absolu, les relevés de compte n’ont plus qu’un intérêt légal (vous avez l’obligation légale de les conserver). Ainsi, les banques ont progressivement proposé aux clients de ne plus envoyer les relevés par la poste mais de les tenir à disposition du client sur leur serveur web, pour leur permettre de répondre aux objectifs légaux. Pour ma part, j’ai accepté mais je continue à recevoir un mail tous les quinze jours, m’informant de la disponibilité de relevés.

Ainsi, le numérique a permis à ma banque de faire des économies sur les relevés et de m’éviter de les classer ce qui est d’ailleurs très pratique pour éviter le burn out… Par contre, sur le fond, rien n’a été changé : je continue à recevoir un truc tous les quinze jours mais ce truc ne me sert à rien. La transformation numérique n’a pas été jusqu’au bout. Les gens qui ont mis en place un nouveau processus, au siège de ma banque, n’ont fait le boulot qu’à moitié !

Néanmoins, il apparait dans de nombreux domaines tel que celui-ci que la transformation numérique ne se joue pas dans le court terme. Entre le moment où ma banque a mis à ma disposition un serveur pour consulter mes comptes (avec le minitel…) et celui où elle arrêtera de m’envoyer des mails pour remplacer les relevés, il se sera passé plus de trente ans.

Dans son billet, Pierre décrit trois phénomènes en précisant bien que le premier n’est pas lié à la transformation numérique. Je vais lui répondre que les autres non plus. Ils sont liés à une évolution récente de l’entreprise qui aboutit à une accélération des processus mais ceci n’est pas, non plus, une conséquence directe de la transformation numérique.

Peut-être en est-ce un dommage collatéral ?

Avec le mail, on est submergés d’informations ce qui fait qu’on ne sait plus où mettre des priorités et traiter tout correctement. Le numérique nous apportera la possibilité de travailler plus rapidement mais en aucun cas d’en faire plus…

Dans aucun projet, il ne faut oublier le principe de base : neuf femmes enceintes ne font pas un enfant en un mois.


Même avec le numérique.

09 février 2015

La durée du travail [et le numérique]

Nous avions une grande réunion interne, cette après-midi. A la pose, j'étais à côté d'un groupe de collègues qui ronchonnaient sur le thème "on travaille trop". Une d'elles a dit : "dorénavant, j'arrive à 8h30 et je pars à 17h, ça commence à bien qu'on me fasse faire plus". Les autres partageaient sont avis. C'est amusant comment les gens confondent les horaires idéaux et les horaires réalistes.

8h30 est l'heure d'arrivée au plus tôt compte tenu du temps de trajet après avoir déposé ses enfants à l'école. Ce n'est pas l'horaire idéal, c'est le seul qu'elle puisse respecter. Il ne prend pas en compte les difficultés de transport qui font qu'elle arrive probablement un jour sur deux à 8h45.

Compte tenu d'une pause café d'un quart d'heure le matin, d'une autre l'après-midi et d'une heure pour déjeuner, cette honorable collègue de travail est invitée à me dire comment elle compte faire 7h48 de travail dans sa journée (soit 39 heures par semaine sur 5 jours), sans compter le temps passé sur internet ou au téléphone pour régler des trucs personnels.

Pourquoi je parle de ça, ici, moi ? 

Parce que, dans son dernier billet, l'ami Pierre explique que le numérique provoque des "burn out". Ce qui provoque des burn out est aussi que, dans le numérique, le salarié n'a plus de "chef au cul" et travaille de moins en moins, s'imaginant assez grand pour savoir tout seul ce qu'il a à faire.

07 février 2015

Le numérique, à l'ouest !

Décidément, on parle beaucoup du numérique, depuis peu ! Même la Presse Quotidienne Régionale s'y met, comme Le Télégramme dont la dernière page, aujourd'hui, est totalement consacrée à un des frères Guillemot, les fondateurs d'Ubisoft, qui rêve de faire de la Bretagne un moteur du numérique français...

Il est interviewé et je suis à peu près d'accord avec lui : il faut favoriser la création et le fonctionnement de startups en mettant en place des « pépinières d'entreprise » avec le haut débit et une machine à café.

Cette interview a un gros plus : au travers de l'activité de M. Guillemot (des applications professionnelles pour les Google Glass alors que Google a arrêté la commercialisation de ces machins auprès du grand public), il montre que le numérique peu être une fin en soi mais pas nécessairement orienté vers le grand public.

Cette interview a un gros moins : il ne dit pas que la « révolution numérique » ne concerne pas que les startups mais doit porter aussi sur toutes les entreprises, administrations et collectivités territoriales.

Le numérique doit concerner tous les secteurs d'activé.

A la recherche d'un exemple, je regardais par la fenêtre de la maison de Bretagne où est le PC et je tombe sur les toits des entrepôts d'une ancienne coopérative agricole. Ces boites (souvent rachetées par des groupes internationaux) sont en plein dedans, parce que les vaches n'arrêtent pas de produire du lait quand les camions de ramassage sont bloqués par la neige ou les chauffeurs trop saouls pour prendre la route. Elles ont su passer au numérique pour optimiser les tournées, la gestion des incidents,...

Le grand public ne le sait pas, ne peut pas le savoir et je ne le sais que parce qu'un copain baigne dans le lait (si je puis me permettre, d'autant qu'il baigne surtout dans la bière) et avait en charge l'accompagnement de l'usine locale dans son processus d'informatisation et m'en parlait souvent car il savait que je pouvais le comprendre.

La startup a son rôle à jouer mais le numérique n'aura pas de rôle dans l'activité si elle se contente de mettre des applications gratuites dans « le store ». Les entreprises doivent se saisir du sujet, toutes les entreprises.

Au boulot.

06 février 2015

Quels types d'applications pour la transition numérique ?

Dans notre série de billets au sujet du numérique, avec Pierre, un troisième larron nous a rejoints et nous parlions des applications de type client lourd ou client léger auxquelles nous aurions du ajouter les « applications cache » mais je ne sais pas comment on devrait les appeler (je les appelais les Web Apps mais on s'y perd, en confondant avec application web).

Revenons un peu sur tout cela parce que c'est au cœur des choix technologiques. Je ne parle que le moins possible du boulot, ici, mais il y a environ 18 mois, un décideur a failli bloquer un de nos projets parce que nous ne passions pas au client léger et que nous avions panaché les solutions. Et s'il avait parlé de « client léger » c'est parce qu'il s'était laissé convaincre par des commerciaux et autres consultants, fan du numérique et ayant des solutions à vendre. Il m'avait alors fallu monter un dossier pour démontrer que nos choix étaient sérieux et à la pointe de la technologie.

L'application

Je ne vais pas faire un billet pour dire ce qu'est une application mais rappeler qu'il s'agit souvent d'un abus de langage pour un logiciel appliqué à une technologie, un métier,...

Le client lourd

C'est le logiciel qui est installé sur votre ordinateur, comme le Word que vous utilisez probablement au quotidien. Ca fait délicieusement ringard mais n'oubliez pas que les applications que vous avez sur vos périphériques mobiles sont des clients lourds.

Ceux qui disent que le client léger est l'avenir devraient réfléchir à la diffusion des applications sur smartphone et aux OS tels que Windows 10, annoncé, qui seront les mêmes sur les PC que les smartphone. Déjà, sur le mien, à la maison, j'ai une application Facebook et une application Twitter. Que je n'utilise pas, mais peu importe.

Le client lourd à l'avantage d'être autonome (quand on a des pannes de réseau, au bureau, on peut continuer à travailler sur nos documents Word...) et d'être celui qui utilise au mieux les ressources proches à la machine sur laquelle il est installée. Dans l'anecdote que je raconte ci-dessus, le principal argument que j'avais était qu'on était obligés de prendre un client lourd pour gérer le matériel. Nos concurrents qui n'ont pas vu se détail se sont vautrés... Sans compter le reste.

Il a des inconvénients, comme celui d'être installé sur les postes de travail, ce qui coûte relativement cher aux entreprises.

Le client léger

Ca ne veut pas dire grand chose, c'est plutôt un mode de fonctionnement qui indique qu'il n'y a pas de client lourd ! En gros, c'est votre navigateur pour l'utilisation des technologies nouvelles.

Mais n'oublions pas que c'est aussi « l'émulateur » qui permet d'accéder aux applications des systèmes centraux, les CICS et toutes ces cochonneries (je dis ça sans méchanceté, c'est parce que je n'ai jamais trempé dedans). C'est aussi un Minitel par exemple, et tous les terminaux que nous avions avant l'arrivée des ordinateurs individuels.

Les guignols qui disent que les clients légers sont l'avenir, les mêmes que ci-dessus, devraient surtout dire que c'est aussi le passé. Il y a des cycles, dans l'informatiques.

L'application web

Pour résumer, c'est application qui est sur des serveurs et que vous utilisez dans votre navigateur. Dans le temps, les pages web étaient statiques et connes comme des bites mais le tout s'est amélioré, il n'y a plus que des éléments d'affichage ou des formulaires de saisies mais des bouts de programme et des machins qui permettent d'avoir des systèmes performants et très jolis. On appelle ça le web 2.0 mais c'est de la connerie, le web 2.0 est plutôt un changement d'usage.

Je vais tenter de donner un exemple : vous avez une application qui vous demande votre date de naissance mais il faut la contrôler. Avant, le navigateur envoyait ce que vous aviez saisi à l'application pour qu'elle fasse les contrôles, maintenant c'est l'application qui envoie le code informatique qui permet au navigateur de faire les contrôles.

C'était le web 2.0 pour les nuls par @Jegoun. Merci.

Mais on se fout de la répartition des tâches entre l'application web et le navigateur (sauf que travailler en local est souvent plus rapide compte tenu de la puissance des PC). Par exemple, faire des jeux vidéos en web 1.0 serait passablement chiant et vous auriez le temps d'aller boire une bière entre deux déplacements de fruits dans Candy Crush.

Les applications web ont des avantages pour les entreprises : elles sont sur des serveurs, il n'y a donc pas de problématique de déploiement sur les postes de travail.

Ceci est de la pure théorie : il faut que les navigateurs des postes de travail soient « au top » pour profiter des nouvelles technologies, donc HTML5 qui n'est pas la moindre (avant, il fallait des plugins, des Flash et des machins pour avoir des applications correctes : installer ces trucs sur les ordinateurs de toute le monde coûtait la peau des fesses et laisser les utilisateurs le faire eux-mêmes coûtait encore plus, avec la nécessaire réparation des PC après leurs conneries).

L'application Cache

C'est un truc qui nous vient d'HML5 et qui est mixte des deux, client lourd et application web. C'est un client lourd développé en technologie web. Ou c'est une application web qui s'installe sur le poste de travail.

Je parlais de Candy Crush, par exemple (j'ai de ces exemples pour un billet destiné aux décideurs avec des cravates...). Vous y jouez dans Facebook sur PC en mode « application web ». Les machins seraient stockés en local, ça vous éviterait les temps d'attente, de chargement,... En fait, la connexion n'est utile que pour les mises à jour, les nouveaux tableaux, et la gestion de vos scores (partage, synchronisation entre Facebook et l'application smartphone,...).

En gros, HTML5 donne la possibilité au navigateur de « mettre en cache » les morceaux de code informatique, un peu comme s'il répliquait le serveur en local pour faire fonctionner le site sans connexion quand ce n'est pas nécessaire. Il gère des « versions » et charge les pages web et les versions quand il a besoin.

C'est assurément l'avenir pour beaucoup de domaines.

Le mixte

C'est le choix que nous avons fait dans notre domaine spécifique. Le client lourd donne la main à l'application web pour tout ce qui est du ressort du serveur et celui-ci permet de développer des applications en mode « Cache », c'est à dire que le serveur gère automatique les bouts de codes informatiques qui sont sur les terminaux.

Ainsi, le client lourd gère tout ce qui est propre à nos valeureux distributeurs de billets et le client léger prend la main pour l'interface utilisateur. Le client lourd peu reprendre la main sur la fonction de base : le retrait d'espèces, en cas de problème réseau ou de problème sur les serveurs d'application (les serveurs propres à la monétique étant, quant-à eux, à très haute disponibilité, redondés et tout ça). Et l'application Cache permet de télécharger des bouts de code pour ne pas saturer les réseaux informatiques internes aux banques et d'avoir des machines plus petites pour les serveurs puisque l'intelligence est mise en œuvre dans le PC des automates. Heureusement que je ne parle jamais de boulot.

Le chemin vers le progrès numérique n'est pas une ligne droite, tout comme celui qui va me mener, à 17 heures, au bistro.

04 février 2015

Les élites déconnectées et les postes de travail en entreprise

L’ami Pïerre n’a pas le temps de participer à fond à notre discussion sur le numérique en France et la déconnexion des élites, sur son blog, mais il commente chez moi. Hier, il n’était pas d’accord avec moi alors que je disais que les élites n’avaient pas à connaitre les technologies mais uniquement les usages potentiels. Il est persuadé du contraire mais je ne sais pas où il veut en venir : un « chef » ne peut pas connaître correctement les technologies. C’est l’évidence. Je pense donc que l’on ne parle pas de la même chose.

Le décideur doit connaitre l’état de l’art et trancher en faveur des nouvelles technologies…

Je vais donner un exemple qui parlera à tous ceux qui travaillent dans les bureaux des grandes entreprises. Au bureau, nous achetons des applications pour serveurs web et les mettons à dispositions des salariés des entreprises clientes, des grosses boites, qui les utilisent via des navigateurs. Or, dans ces grosses boites, les postes de travail ne sont équipés que d’une version ancienne d’Internet Explorer, notamment IE6, si elles n’ont pas terminé leur migration à Windows 7.

En toute logique, nous devrions mettre en place des applications compatibles avec ces anciens navigateurs ce qui provoque des coûts supplémentaires. Nous ne cédons donc pas mais les débats durent des mois. Nos fournisseurs voudraient faire des applications ne fonctionnant qu’avec la dernier version de Chrome, de Firefox et, bien sûr Internet Explorer (mais il y a peu de versions…) pour leur permettre de profiter des innovations technologiques qu’ils permettent.

Ce débat ne devrait pas avoir lieu. Le décideur devrait dire : je veux que les postes de travail de mes salariés disposent des dernières versions des navigateurs les plus populaires que sont Chrome et Firefox, si les salariés le souhaitent ou en ont besoin de manière à ce que mes fournisseurs et mes développeurs puissent utiliser des technologies à la pointe.

Toi qui me lis te dis que c’est une évidence. Ben non ! Le décideur a un type, sous lui, qui est DSI, Directeur des Systèmes d’Information, avec, sous lui, un sous-directeur avec lui-même un sous-fifre qui gère les postes de travail pour les salariés. Ce type gère 100, 1000, 10 000 ou 100 000 ordinateur. Cela lui coûte donc moins cher d’avoir une configuration unique. Il considère, en plus, que les salariés ne sont pas là pour faire le con sur internet et n’ont pas besoin d’un navigateur « up to date » car il ignore que les applications utilisées maintenant ne sont plus sur « gros système tout caca » mais en technologies web. Il va donc dire à son chef : ça coûte trop cher d’avoir des postes de travail différents, un point c’est tout.

Le PDG devrait pouvoir lui dire : ta gueule, c’est un ordre, laisse les salariés installer Chrome et Firefox, voire aide les à le faire, il suffit que tu envoies un mail pour dire de cliquer sur www.google.com/chrome !

Mais il ne le fait pas car il ne maîtrise pas les impacts. Il faut que quelqu’un lui dise qu’un navigateur n’est pas qu’un truc pour accéder à internet et que les versions ne se différencient pas que par les performances, l’ergonomie,… Mais aussi par les technologies supportées, comme le HTML5. Et pour le savoir, il faut avoir un niveau minimum d’information, connaître l’existence des standards, des organismes comme le W3C,…

Alors, allons plus loin. La plupart des entreprises n’ont mis en œuvre le passage à Windows 7 que l’année dernière, alors que la version 8 était déjà sortie et que la 10 est annoncée : on a eu des précisions, hier, sur les offres pour les entreprises et elles sont très intéressantes pour ce qui concerne la prise en compte des évolutions. Toutes les entreprises devraient donc travailler maintenant sur le passage à Windows 10, lancer un groupe d’études et faire des machins comme ça. Mais la vraie question est : pourquoi les entreprises ne sont-elles passées à Windows 7 qu’en 2014 alors que Windows XP n’est plus commercialisé depuis début 2007 ? Qu’on attende deux ans est une chose, le temps que l’on teste les applications, que l’on attende les premières corrections de Microsoft, mais 7, dans les nouvelles technologies, on croit rêver.

Elle est là, aussi, la fracture numérique des entreprises françaises.

Mais pour reprendre mon histoire de version de navigateur et la nécessité d’uniformiser les postes de travail pour diminuer les coûts, le responsable des PC sait-t-il le coût, pour les fournisseurs d’applications, d’homologation de ses produits pour toutes les navigateurs officiels de ses clients ? Connaît-t-il le coût, pour eux, de ne pas pouvoir utiliser les dernières technologies ? Et donc le surcoût pour sa propre entreprise ?

Vous connaissez l’anecdote du passage de Windows 8 à Windows 10 sans passage par Windows 9 ? Parce que certains logiciels pourraient avoir un bug en testant la version de l’OS et confondre avec Windows 95 et 98 et interdire l’utilisation. Microsoft a fait une erreur. Ils auraient du envoyer chier les fournisseurs et utilisateurs qui font encore des tests, 15 après leurs disparitions, pour de vieux logiciels.

C’est un sujet que je connais bien, en tant qu’informaticien, la fameuse « comptabilité ascendante » : quand on sort un nouveau logiciel, il faut que les anciens fonctionnent toujours.

Mais il est temps que les acteurs du numérique, les décideurs, nos fameuses élites, fassent le choix du futur. Le futur est de passer à Chrome, Firefox et Windows 10 car on sera sûrs d’avoir la dernière version…


Mais pour cela, pour que le décideur oblige ses sous-fifres à faire les bons choix, il doit connaître, un minimum, le numérique.

L'Agence du numérique

On parle beaucoup du numérique, ici ! Le prochain billet est prévu pour ce soir. Dans l'attente, il me faut signaler la sortie du décret, ce matin, créant l'Agence du numérique. Vous pouvez aussi lire cet article de La Tribune à ce sujet.

03 février 2015

Ces élites déconnectées

L’ami Pierre poursuit la discussion sur l’état du numérique en France, sur le thème : il faut sauver le digital Français. Aujourd’hui, il s’inquiète de la déconnexion des élites par rapport au digital. On ne peut que lui donner raison : les chefs d’entreprises, les législateurs, journalistes et autres décideurs ne connaissent pas grand-chose au sujet. C’est néanmoins un sujet récurent. Il suffit de chercher « déconnexion des élite » dans Google.

Mais je ne sais pas si les élites savent utiliser Google.

Cela étant, je vais répondre au billet de Pierre car je ne suis pas persuadé que l’on parle exactement de la même chose, d’autant qu’il n’arrête pas d’employer des mots auxquels on ne comprend rien. Les élites ne doivent pas avoir de compétences technologiques, tout juste doivent-elles avoir la connaissance de leur existence. Elles doivent, par contre, savoir ce qu’elles permettent. Je vais citer trois exemples…

Le premier : la viralité dans les réseaux sociaux. On l’a vue récemment avec le hashtag #jesuischarlie. Les élites sont forcément dépassées. Je le vois avec les blogs politiques : mes confrères et moi-même sommes régulièrement dépassés par Twitter. De fait, on a de plus en plus de mal à trouver des sujets de billet politique tant l’information va vite.

Le deuxième : le gouvernement a mis en ligne, la semaine dernière, un site web pour lutter contre le djihadisme. Des copains y ont probablement participé donc je ne dirai pas ce que je pense.

Le troisième : je ronchonnais, récemment, parce qu’on n’avait pas la wifi au bureau. Par ailleurs, plein de sites web nous sont interdits par un méchant proxy, notamment les sites de vidéo, les sites politiques et les sites sportifs. Qu’est-ce que l’on voit, pendant le tour de France ? Des tripotées d’ingénieurs qui suivent l’étape avec leurs smartphones en 4G. Ainsi, on a des dirigeants d’entreprise qui pensent que la technologie doit être utilisée pour empêcher l’accès à la technologie.

Le gouvernement a lancé une grande consultation au sujet du numérique, pilotée par le Conseil National du Numérique dont je parlais récemment. Depuis, j’ai lu une partie des contributions. On y trouve des trucs très bien même si certains lascars attendent tout d’une solution miracle mais très peu citent cette déconnexion des élites tout simplement parce qu’il n’y a pas vraiment de solution pour y faire face. Je crois néanmoins que le cœur du débat est bien là. Tout le reste n’est que foutaise : par exemple, le gouvernement peut favoriser le haut débit, de toute manière, il viendra et c’est sa mission d’aménagement du territoire.

A noter l’interview de Mme Lemaire dans l’Usine Digital, aujourd’hui. On est à peu près d’accord, notamment au sujet du Middle Management (mais, à mon avis, assez élargi) mais pas sur la formation : je reste persuadé que la transition numérique se fera à coups de pied dans le cul. La formation doit être donnée à ceux qui sont déjà convaincus par le numérique. C’est valable pour les élites comme pour le middle machin.

Auront le droit à une formation ceux qui auront répondu correctement à la question : pourquoi est-ce une grosse connerie d’interdire Facebook au bureau ?

31 janvier 2015

Sauvons le digital français !

Mon confrère Pierre constate que la France décroche au sujet du numérique. Outre le fait que nous n’ayons presque aucun acteur majeur dans le domaine, les Français sont à la ramasse, pour ce qui concerne l’usage, y compris en entreprise. Il conclut : « On a un souci moyenâgeux ici. Comment avancer ? » Essayons d’apporter quelques réponses.

Mais avant le « comment », il faut brièvement s’interroger sur le « pourquoi ? » parce que, en effet, on pourrait s’en foutre ! Il y a évidemment la question des usages et ce qu’ils apportent. Par exemple, il m’est insupportable de voir ma commune diffuser un magazine mensuel alors que les habitants de la ville pourraient avoir les informations en temps réel sur le web. On économiserait une fortune, sauvegarderait l’environnement, tout en ayant un meilleur service… Surtout, le numérique permet de faire de grosses économies en entreprise et de gagner des parts de marché. Si on ne relève pas la tête, on va se retrouver écarter de l’économie mondiale.

Alors que faire ? Je n’entends pas apporter de solution miracle, d’autres auraient eu les idées avant moi et on y serait déjà.

Petit 1 : supprimer toutes les subventions publiques aux influenceurs du web et les structures publiques dans le domaine, comme le Conseil National du Numérique. Vous allez me dire que c’est très libéral comme mesure ce qui la fout mal pour un blogueur politique de gauche. Certes ! Mais je vous rappelle, sacripants, que le CNN a été créé par Nicolas Sarkozy. C’est bien la France, ça ! On ne sait pas quoi faire sur un dossier, on crée une commission, un conseil,…

Je ne fais pas cette proposition méchamment. Tiens ! Je paierai des bières à Thieulin et Soufron pour les consoler. Prenez la liste des membres de ce machin : ce sont tous des professionnels du numérique. Ca leur confère, certes, quelques compétences pour parler du sujet mais ils ont des intérêts commerciaux dans l’affaire. Qu’ils se débrouillent sans l’Etat, qu’ils montent un syndicat, une association,… Ah ! Ca y est ! Je redeviens gauchiste !

Vous voyez l’illustration de ce billet ? C’est une copie d’écran de la dernière dépêche d’actualité sur le site du Conseil National du Numérique. Tout d’abord, le sujet : la censure par les états avec les CGU. Est-ce le rôle du CNN ? On n’a pas des ONG, des machins internationaux et des trucs comme ça pour s’occuper de la censure ? Qu’est-ce qu’un tel sujet fait traité sur un site aux couleurs de la République ? Ensuite, le contenu : il est vide. Ou presque : il reprend le titre du billet. Les lascars ont oublié d’y foutre le texte. Et ces gens-là sont payés pour donner des conseils à l’Etat sur le numérique ! C’est délirant.

Petit 2 : rendre obligatoire pour tous les patrons la lecture de mon billet d’avant-hier dénonçant un sondage payé par une boite spécialisée dans l’accompagnement au changement des salariés des entreprises et la formation qui va avec et qui démontre qu’il faut de l’accompagnement au changement et de la formation.

C’est simple, le numérique ! Par définition. Tu as fait une formation pour utiliser Facebook ? Dans la boite, on nous a collé une appli web pour poser les congés payés et déclarer les notes de frais. Tu penses bien qu’on n’a pas attendu une formation pour partir en vacances et se faire rembourser... On a cliqué sur des liens.

Plus sérieusement, il faut communiquer : le numérique, c’est simple.

Petit 3 : pour les entreprises assez grandes, il faut des salariés rattachés au grand patron et indépendants des directions informatiques (DSI) qui soient acteurs dans les décisions en matière de stratégie informatique.

Pourquoi ? Parce que les DSI sont trop grosses, avec des armadas d’andouilles qui défendent des intérêts contradictoires, qui répondent à des besoins d’autres directions de la boite sans que ces besoins soient analysés par des acteurs neutres, qui prennent des décisions en fonction des compétences qu’ils ont et pas de l’état du marché, qui sont conseillés par des fournisseurs qui veulent vendre leurs solutions ou leurs consultants, qui mettent des années à faire aboutir des projets sans intérêt stratégique, qui changent leur fusil d’épaule dès que la boite est réorganisée parce que le directeur machin a eu une idée géniale mais contradictoire avec la stratégie adoptée auparavant, qui sont incapables d’écouter la base à cause d’une hiérarchie infernale,…

Ce ne sont pas des critiques, les directeurs informatiques ne peuvent pas être au four et moulin ! L’informatique d’une entreprise est quelques chose de considérable ce qui va aller en croissant (et qui est d’ailleurs l’objet du billet).

Je vais prendre un exemple : j’ai une messagerie professionnelle depuis fin 1996. Dans les trois entreprises que j’ai faites au cours de ces 18 ans, elle est basée sur Lotus Notes et les boites y sont restées. Les mecs ont fait évoluer les serveurs, les clients (logiciels installés sur les postes de travail) et investi des fortunes dans ce tralala pour un résultat déplorable, des bugs affreux, une lourdeur d’utilisation,… Pas un seul type n’a été capable de dire : bon, les gars, on arrête, on passe à un truc de type « client léger » (comme Gmail) ! Par contre, ils ont réussi à mettre en parallèle des clients légers pour que les cadres dirigeants puissent se connecter de chez eux. Du pur délire.

Je vais prendre un autre exemple. Je fréquente plusieurs boites : la mienne, celles de clients et celles de quelques fournisseurs. Il n’y a quasiment jamais la wifi dans les parties communes, les salles de réunion,.. Du coup, on ne peut pas utiliser de tablettes, on est à la recherche de câbles pour se connecter, les visiteurs qui ne sont pas de l’entreprise ne peuvent pas accéder à internet,… Tout ça parce que les responsables de la sécurité ne veulent pas d’accès libre, parce que les DRH veulent pouvoir contrôler ce que les salariés font sur le web,… Il faut qu’un type puisse dire au grand patron : hé ho, c’est quoi ce bordel, il faut la wifi, ça coûterait quelques centaines d’euros par mois, soit beaucoup moins que le salaire des types qui sont là pour déconseiller l’installation de la wifi. Alors le grand patron appellerait son directeur informatique : tiens, je veux la wifi dans les salles de réunion, tu as un mois pour le faire. Le DI dirait alors : oui mais on ne peut pas à cause de la sécurité et des RH. Et le conseiller du patron lui soufflerait une réponse : dis donc, connard, ne me dit pas que les moyens techniques n’existent pas, pendant ce temps-là mes cadres s’envoient les documents chez eux par mail pour travailler le week-end. Ils disent quoi les RH et la sécurité ?

Je résume mon « petit 3 » : il faut que le patron d’une boite puisse prendre des décisions, c’est le seul à pouvoir court-circuiter ses sous-fifres !

Petit 4 : il faut un volet législatif parce que je suis un blogueur de gauche. Il faut une loi qui impose à toutes les entreprises, même celles avec un seul salarié en plus du patron, à pouvoir faire toutes ses démarches administratives internes à l’entreprise avec des applications web, dans un  délai de deux ans.

Je sens que vous voulez un exemple. Au bureau, on a une machine à expresso. Tous les mois, la secrétaire fait circuler une feuille pour que l’on puisse commander les capsules. Ca prend quasiment une semaine et cela coûte plusieurs heures de travail à l’entreprise pour des conneries (la feuille qui est perdue, le type qui se trompe,...) sans compter la secrétaire qui doit faire le récapitulatif et  tout ça. Deux jours après la commande, il faut qu’on fasse un chèque pour payer. Comptez : 30 types qui passent cinq minutes à aller chercher les capsules et faire un chèque tout en papotant avec la secrétaire. 30 personnes multiplié par cinq minutes et multiplié par deux pour le temps de la secrétaire. Cinq heures uniquement pour la livraison… Ne me dites pas que le fournisseur d’expresso ne pourrait pas faire un site web pour que l’on puisse se démerder.

Mais, me demanderez-vous, pourquoi une loi ? Les entreprises n’ont qu’à se démerder. C’est une excellente question que je vous remercie de m’avoir posée. Il y a deux raisons.

La première : faire sauter les barrières. Pourquoi existe-t-il toujours des tickets restaurants (l’utilisation d’une carte n’est possible que depuis moins d’un an et peu répandu) ? Parce que les sociétés qui gèrent ces machins font de la trésorerie entre le moment où elles filent les tickets aux entreprises et celui où elles payent le restaurant… Et vous imaginez ce que ça coûte à tout le monde en démarches administratives ? Le temps que le personnel des bistros passe à faire sa caisse et tout ça… A l’échelle de la France, l’impact sur le PIB ne doit pas être ridicule…

On en revient à mon petit 3 ci-dessus : si personne ne dit au big boss (le législateur dans notre cas) d’arrêter les conneries, elles continuent !

La deuxième : il faut forcer les gens à aller vers le numérique parce s’ils ne savent pas que cela existe, ils ne peuvent pas l’inventer et le mettre dans les pratiques du quotidien. Et c’est quand ils le sauront qu’ils le mettront au cœur de leur métier, qu’ils apprendront à utiliser les applications mises à disposition, que l’on pourra s’affranchir de la conduite du changement et de la formation…

Prenons une entreprise au hasard. Un bistro. Si le patron passe une demi-journée par mois à trier les chèques restaurants, les cartes oranges de ses employés, plus une demi-heure par jour à imprimer le machin avec le plat du jour, à écrire sur les ardoises,… et découvre que toutes ces tâches peuvent être exécutées en quelques secondes pour un investissement dérisoire, il imaginera rapidement tout le bien qu’il peut tirer du numérique. Vous connaissez beaucoup de bistro qui ont un blog où ils diffusent le menu ?

Il faut parfois obliger.

Mes exemples sont tirés par les cheveux mais n’importe quel type qui bosse dans un bureau pourra en trouver pour chez lui.

Un tel billet nécessite un résumé, non ?

Le Conseil National du Numérique a-t-il raté la diffusion d’une information qui ne le concerne pas ? Oui. Le Conseil National du Numérique a-t-il proposé au gouvernement de faire une loi pour forcer la dématérialisation des tickets restaurants ? A ma connaissance, non.

LA conclusion s’impose : il faut donner un gros coup de pied dans tout ce bazar. Je souhaite bien du courage à Madame Lemaire (et je profite pour saluer les copains qui bossent avec). D’autant qu’elle a bien des problèmes par ailleurs.


Pourquoi je parle tant de l’Etat ? A peu près la moitié du billet… Parce que c’est le seul point sur lequel la collectivité peut agir. Pour le reste, je vais donner des conseils aux industriels du numérique : il faut arrêter de communiquer au sujet d’âneries mais entrer dans le vif du sujet. L’usage. Que font vos applications avec le numérique ? Qu’est-ce qui peut influencer un patron (gagner plus d’argent) à s’intéresser au numérique, à franchir le pas ? Comment peut-il s’affranchir des difficultés ?

30 janvier 2015

Le jeune consultant en informatique

Tu sors de l’école avec ton diplôme d’ingénieur ou ton master en poche et tu viens de te faire embaucher par un cabinet de conseil. Tu ne comprends pas pourquoi tu as accepté. Quelques mois avant, tu ne pensais pas que tu deviendrai consultant. En fait tu ne te poses pas la question du pourquoi, je vais donc t’expliquer. C’est parce que les cabinets de conseil et les boites d’informatique sont les seuls à recruter et que, dans l’euphorie, tu as accepté le poste pour des raisons idiotes. A 24 ans, on ne refuse pas un travail et on sait que les premières années ne seront pas déterminantes pour la carrière.

Tu ne te demandes pas non plus pourquoi tu as été embauché puisque tu es persuadé que c’est pour ta compétence et ton diplôme. Ce n’est pas du tout le cas. A part quelques stages en entreprise, tu n’as aucune compétence. Alors je vais te dire le pourquoi et tu vas avoir une grosse désillusion. Tu as été embauché pour deux raisons. La première est que la boite a besoin de chair à canon pour son business, pour répondre à des demandes des clients pour des boulots chiants que personne ne voudrait faire. En plus, tu n’es pas trop cher et comme tu n’as pas d’expérience, ils n’ont rien à foutre que tu démissionnes au bout de six mois. La deuxième est abominable : tu as été recruté sur des critères physiques. C’est à ça que sert l’entretien, d’abord à vérifier que tu n’es pas un chieur, ensuite à vérifier qu’ils pourront te vendre à une boite. Le consultant est comme un fruit : le client a le réflexe d’acheter le plus beau.

Alors tu commences ton job et tu te mets à glander au siège du cabinet de conseil. Tu n’as que les secrétaires à qui parler et elles sont toutes fières, à 40 ans, d’avoir un petit jeune qui s’intéressent à elles. Comme elles en voient passer des tonnes au long de l’année, elles sont toujours fières… Et toi tu es content que des vieilles s’intéressent à toi. D’ailleurs, elles sont bien conservées et très élégantes avec leurs petites robes. En plus, ce ne sont pas des secrétaires mais des assistantes. Alors tu commences à les draguer un peu, te rappelant tes années d’études où tu n’avais que ça à faire.

Au bout de quelques jours, ton commercial t’amènera en entretien chez un client pour te vendre. A ce stade, tu ne comprends pas encore que tu es une marchandise. Tu te dis là pour amener de la valeur ajoutée à ton entreprise en sauvant les projets informatiques de ces clients. Au bout de quelques mois, tu comprendras le volet mercantile de la chose et tu en rigoleras. Un peu jaune, un peu amère,… Et puis tu t’en foutras. Faire ça ou peigner la girafe, du moment que le job n’est pas trop chiant et te rapporte de l’oseille.

Il est vachement sympa ton commercial, hein ! Il t’aime bien, te tutoie dès le départ et te raconte des trucs personnels, il t’a donné des conseils pour l’entretien avec le client,... Ben oui, mais c’est son métier d’être sympa. Ou, plus exactement, il est devenu commercial parce qu’il est sympa, qu’il a un « bon relationnel » comme ils disent. S’il t’a donné des conseils, ce n’est pas pour que tu puisses te vendre pendant l’entretien mais pour qu’il puisse te vendre. Il touche une commission ou sa carrière dépend de son chiffre d’affaire.

Alors l’entretien commence. Tu es dans une salle de réunion, à côté de ton commercial que tu vas prendre pour ton dernier protecteur. Tu as en face de toi une chef de service et un gros technicien mal rasé (je dis ça pour mettre du réel). Ton commercial fait un vague discours introductif, merci de nous recevoir et tout ça. Puis il va demander à la chef comment elle veut procéder pour l’entretien. Elle va dire que le mieux est qu’elle commence à présenter l’entreprise et son projet avant de te laisser la parole pour que tu puisses parler de toi. Ca se passe toujours à peu près comme ça, comme une convention. La question du commercial permet de lancer le débat… Alors la chef présente son entreprise et le projet, laissant la parole parfois au gros technicien. C’est comme s’ils jouaient un jeu de rôles, les deux,… Tu prends des notes, tu essaies de tout comprendre mais, au fond, tu ne comprends rien, c’est normal. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’ils savent que tu ne comprends rien. L’important est que tu retiennes les grandes lignes et que tu ais envie de travailler avec eux, que tu vois que le projet est fantastique, que c’est une réelle opportunité pour toi, qu’ils ont besoin de toi,… C’est aussi une façon de faire plaisir au commercial. S’il perd le marché, il aura quand même présenté des clients fantastiques à son jeune consultant. C’est bien un jeu de rôle. Dans dix ans, c’est toi qui le mènera.

Après la chef va te demander si tu as des questions. Elle sait que tu n’en as pas car tu n’as rien compris et que tu vas bredouiller « heu non, ça va, ça fait déjà beaucoup… ». Tu es vachement intimidé. Pendant tes études, tu as appris à passer des entretiens d’embauche mais pas des entretiens de recrutement de consultant, c’est à cette phase du premier de ta carrière que tu vas comprendre. La chef va dire : bon ben le mieux est que vous vous présentiez. Ton commercial va distribuer ton CV en couleur avec le logo du cabinet de conseil, tu seras au centre de l’attention de tous, tu te dis que même ton commercial, ton protecteur, va te juger sur ce que tu vas dire.

Tu vas commencer à parler. Ils vont écouter avec attention et te poser des questions. Ton commercial va te reprendre quelques fois ou insister sur des détails, le tout avec une certaine forme de tendresse, pour montrer qu’il t’aime bien, que la boite est bonne pour les jeunes,… Si ça peut te rassurer, ils se foutent totalement de ce que tu vas dire de ce que tu as fait. Ils savent lire un CV et voient que tu débutes.

Ils vont recevoir cinq ou six candidats et retiendront le plus beau, celui qui semble le plus motivé, celui qui parait le plus malléable…  Et c’est toi. Te voila retenu. Tu vas commencer dans quinze jours parce qu’il faut faire quelques démarches administratives. Alors, ton commercial va proposer que tu viennes gratuitement les deux prochaines semaines afin de te former. Tu parles ! Il préfère te donner à un client pour lui faire plaisir que de te voir trainer au siège de la boite, d’autant que tu pourrais le faire chier puisque vous êtes devenus copains pendant cet entretien.

Alors tu commences à bosser chez le client. Tu n’auras quasiment plus de contact avec ton cabinet de conseil, sauf pour les démarches administratives, genre les tickets restaurants, et à l’occasion des visites de ton commercial, toujours aussi gentil, qui te demande systématiquement si tout se passe bien. C’est ton copain.

Tu es un peu seul, au début, chez le client. Le type qui doit te guider est surchargé. Tu dois te former tout seul. Alors les mecs vont dire que le mieux est que tu testes les logiciels. Tu vas rapidement comprendre que tu as été recruté pour tester. C’est important les tests, en informatique ! Tu te rappelles la fois où Apple avait diffusé une version d’iOS buguée ? Ce bordel ! Parce que les mecs n’avaient pas assez testé le truc. Tu vas trouver ça chiant mais tu vas apprendre et c’est le but. Tu as été manipulé et tu penses que tu t’es fait avoir. Ce n’est pas le cas. Il faut passer par là pour apprendre. Tu n’oseras pas dire à ton commercial que tu te fais chier, tu ne voudras pas décevoir ton copain, ton seul copain dans ta boite.

Comme c’est chiant, tu vas travailler vite, pour te débarrasser du truc mais aussi pour montrer aux autres que tu es bon, que tu n’as pas peur,…  Et c’est très bien ainsi. En plus, tu deviendras la coqueluche de l’entreprise cliente. On aime bien les petits jeunes et comme tu te fais chier, tu seras celui toujours près à papoter mais aussi à faire le café, à dire : bon, on va déjeuner,…

Au bout de trois mois, ton commercial t’amènera tes cartes de visites. Tu ne sais pas que tu n’en distribueras jamais à part aux gens avec qui tu bosses et qui ont déjà tes coordonnées. Tu es fier. C’est la marque d’intégration réelle dans la boite, boite avec laquelle tu n’as aucun contact, à part de remplir un relevé d’activité pour qu’ils puissent faire la facturation. Quelques jours après, ton commercial t’expliquera que ta période d’essai de quatre mois sera renouvelée mais qu’il ne faut pas que tu t’inquiètes, c’est la règle dans la maison. Tu t’en fous : tu as les cartes de visite. Ca prouve bien que le cabinet a besoin de toi.

Au bout d’un an, tu changeras de classification. Ton PDG en personne va t’écrire : mon cher Dugenou, compte tenu de vos compétences, j’ai décidé de vous faire passer Consultant Ingénieur d’Application niveau 3.1. Quelle fierté pour toi ! Tu as oublié de relire le titre : ça ne veut rien dire.

Un an après, tu auras une belle augmentation et ton commercial te proposera de changer de client. Tu n’oseras pas refuser car tu te dis qu’il faut ça pour faire une carrière. Tu ne sais pas encore mais l’année suivante tu passeras consultant sénior. Au bout de cinq ans, tu seras consultant manager. Le commercial te confiera des petits jeunes à former et tu leurs expliqueras que tester les logiciels c’est très formateur. Ou alors tu auras changé de boite car tu ne penses qu’à ta carrière et tu deviens un consultant aux dents longues…

Essaie de bien repérer le moment où tu deviens mauvais…

Un roman ? La vraie vie ?

Je te jure que je pourrais mettre des noms sur chaque anecdote ci-dessus, y compris le mien !

Je me rappelle de Laurent, un jeune type très sympa, très bosseur,… Il sortait de Sciences Po ou d’un truc comme ça et avait décidé de se faire une première expérience dans l’informatique. Ce n’est pas qu’il avait un plan de carrière mais ça le faisait chier de faire les boulots qu’on fait généralement après ces grandes écoles. Mon chef aimait bien ce genre de profil et j’avais besoin d’un petit jeune de confiance pour m’épauler chez un de mes clients. En fait, je l’ai rapidement laissé tout seul, il se débrouillait très bien et je passais le voir une fois ou deux par semaine. Il avait un boulot très chiant mais passionnant et le faisait bien.

Un jour, en toute transparence (j’étais devenu le copain qui faisait le rôle du commercial), il s’en est ouvert à moi, il se demandait ce qu’il foutait là. Je lui ai dit : ben quoi, ton job est intéressant mais a un volet chiant, la partie informatique, limitée aux tests des logiciels, mais tu vois un tas de gens, tu es en relation avec la direction de communication, la direction du réseau d’agences, les fournisseurs,… Tu fais exactement ce que tu nous as dit que tu voulais faire en entrant chez nous.


Mais tu sais, personne n’est indispensable, on sait bien que tu vas partir, un jour… On est humains.