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05 mai 2015

L'informaticien con [au bistro !]

Ca faisait quelques temps que je les ai repérés, ces clowns qui fréquentent le même bistro que moi, Le Tourbillon, à La Défense, au comptoir, le soir ou le midi. Je dois avouer que j’y vais pour me couper du monde du travail, je plonge dans mon iPhone en mangeant un sandwich ou un plat du jour, voire une omelette les jours de fête. Alors le processus a duré plus d’un an. J’ai capté quelques mots de phrase et j’ai deviné qu’une grande partie bosse dans l’informatique voire sont consultants, comme je l’ai été pendant vingt ans, donc huit ans, développeur ou chef de projet, comme eux. Cela me faisait rigoler car nous employions le même jargon.

Alors, j’ai fini par repérer les groupes, les boites,… Par exemple, il y en a beaucoup chez Dexia, dont le siège est juste à côté mais je n’y prête une oreille attentive que depuis quelques mois. Je ne le fais pas par curiosité : ils parlent très fort et n’arrêtent pas de gueuler.

Hier midi, mes voisins étaient des « ingénieurs Citrix ». Je connais un peu Citrix mais j’ignorais qu’il y avait des « ingénieurs Citrix ». C’est une boite qui fait un tas de truc dont des applications qui permettent d’utiliser des logiciels installés sur des serveurs comme s’ils étaient sur votre propre poste. C’est très bien, c’est à la mode et 99% des grosses boites utilisent ces machins. Toujours est-il qu’ils ne se rendent même pas compte, qu’en se qualifiant ainsi, ils se dévalorisent. « Moi, je suis ingénieur Citrix. » « Non, toi, connard, tu paramètres des applications et te rend indispensable au fonctionnement de la boîte alors ton patron, pour te faire plaisir, te donne un titre. » Ingénieur Citrix.

Aujourd’hui, j’avais droit à d’autres lascars qui ne comprennent même pas qu’ils passent pour des ânes. L’informaticien est comme ça : il est toujours le meilleur dans son rôle sans même admettre que les autres rôles sont autant voire plus importants que le sien. Tiens ! L’ingénieur Citrix ! Sans lui les applications conçues par d’autres ne fonctionneraient. C’est pourtant assez simple d’admettre que sans les applications des autres, ses compétences Citrix ne serviraient à rien.

S’il est meilleur que tout le monde, il l’est surtout que ses clients, sa hiérarchie, ses commerciaux. Alors, quand il est au bistro, avec ses collègues, il n’arrête pas de ronchonner, de critiquer tout le monde, sauf son collègue. Dans chaque groupe, il y en a un qui parle plus fort que les autres. Du coup, ces derniers sont obligés d’hausser le ton pour en placer une. C’est pour cela que je les ai repérés et je sais même pourquoi je ne les ai pas repéré auparavant : le serveur a changé. Ces lascars ne venaient pas dans mon coin de comptoir.

Comme ils parlent fort, outre le fait que c’est désagréable, on a l’impression qu’ils commencent à être saoul, comme s’ils avaient déjà bu cinq ou six bières, ce moment précis (variable selon les individus) où l’on se rend bien compte qu’on commence à avoir trop bu mais à vouloir résister, faire semblant,…

Alors j’ai vérifié : je me suis pointé, une fois, plus tôt que d’habitude : l’informaticien con et prétentieux parle fort dès qu’il arrive au comptoir, à la première gorgée de bière. Il a des vérités à dire à ses collègues.

Le moment le plus délirant est quand ils commencent à parler de leur propre carrière. Par exemple, l’ingénieur Citrix sait que son boulot est porteur mais ne se rend pas compte qu’il s’enferme dans une technologie. Il faut être franchement taré pour développer ses compétences dans un domaine précis : le gars va poursuivre les missions dans ce domaine, il sera très demandé, bien payé,… et au bout de dix ans, la technologie aura disparu et il n’aura rien vu ! Pire, il aura échappé au marché, un peu comme un développeur web qui aurait loupé le HTML5 pour ses nouvelles applications (je prends cet exemple en connaissance de cause… : dans mes fonctions de maîtrise d’ouvrage, j’ai fait la même bourde).

Alors il est aigri. Les jeunes ne savent pas travailler. Les vieux sont has been. Les autres sont des cons. Si vous travaillez dans l’informatique – mais je suppose que dans les autres secteurs, ce n’est pas très éloigné, vous pouvez regarder autour de vous et observer vos collègues. Les pires sont les consultants et autres prestataires de service. Ils sont persuadés être là pour leurs compétences supérieure mais se refusent à comprendre que ces compétences sont dans un domaine précis pas sur le principe de base du métier…

La conséquence est qu’il est incapable de se remettre en cause. Et c’est la plus grave : l’informaticien est lui-même un frein à la transformation numérique.


08 avril 2015

La méthode, un frein au numérique ? Soyons Agiles !

Un vrai projet numérique doit être mené rapidement : il est fait pour révolutionner les processus, le rapport avec les clients,… L’informatique et l’organisation ou les opérations (en tant que « directions ») doivent montrer l’exemple. Néanmoins, les méthodes utilisées dans les DSI ne permettent pas cette célérité car elles répondent à d’autres besoins : couverture du projet, maintenabilité, exploitabilité, cohérence de l’architecture technique et de l’architecture applicative. En outre, de nombreux acteurs interviennent à différents stades et prendre en compte leur disponibilité n’est pas compatible.

En phase de développement, on choisira des méthodes de type agiles. Je ne vais pas faire une thèse sur le sujet, seulement un aparté. Les DSI ne sont pas nécessairement adaptées à ces méthodes et j’ignorais leurs existences jusqu’à il y a quelques mois quand un fournisseur nous a proposé de travailler ainsi car un de nos projets n’avançait pas. Ce qu’il nous a présenté collait parfaitement à ma vision du travail et j’étais enthousiasmé. Pour vous dire, j’ai repris une bière. Me documentant rapidement sur le sujet (il ne m’intéresse pas beaucoup et je suis tenu de respecter les méthodes de ma boite), j’ai découvert que pour mon boulot je pratiquais toujours cette méthode sans m’en rendre compte.  D’ailleurs, la page Wikipedia m’a fait rigoler. Par exemple : « Un responsable fonctionnel définit et ordonne la production des composants de l'application. »  Je me suis découvert comme étant « responsable fonctionnel » faisant la chose.

D’une manière générale, je me suis rendu compte que, dans la boite, on pratiquait beaucoup un dérivé des méthodes agiles sans le savoir. Je vais donc citer une large partie de cette page.

« Pratiques communes à l'ensemble des méthodes agiles
·         Les pratiques communes liées aux ressources humaines :
o   Participation de l’utilisateur final aux groupes de travail.
o   Groupes de travail disposant du pouvoir de décision.
o   Autonomie et organisation centralisée de l’équipe (motivation).
o   Spécification et validation permanente des Exigences.
·         Les pratiques communes liées au pilotage du projet
o   Niveau méthodologique variable en fonction des enjeux du projet.
o   Pilotage par les enjeux et les risques.
o   Planification stratégique globale basée sur des itérations rapides.
o   Réalisation en jalons par prototypage actif itératif et incrémental.
o   Recherche continue d’amélioration des pratiques.
·         Les pratiques communes liées à la qualité de la production
o   Recherche d’excellence technique de la conception.
o   Vision graphique d’une modélisation nécessaire et suffisante.
o   Vision de la documentation nécessaire et suffisante.
o   Normes et techniques raisonnables de qualité du code (métrique).
o   Architecture à base de composants.
o   Gestion des changements automatisés. »

Nous y sommes presque ! Je vais en parler à mes chefs. Je vais néanmoins faire deux ou trois critiques. Par exemple, les groupes de travail ne doivent pas avoir de pouvoir de décision : le responsable fonctionnel doit pouvoir s’y opposer et faire remonter les désaccords aux instances dirigeantes, pour des raisons que j’exposais récemment dans mon blog (les braves gens ont tendance à prendre des décisions inutiles qui coûtent cher, notamment parce que dans le feu de l’action, ils perdent le recul nécessaire). Mais de tous ces points, c’est le premier qui est le plus important : l’utilisateur final doit participer aux groupes de travail, ou, plus exactement, celui qui le représente.

A cette liste, j’ajouterais bien qu’il faut un PMO (bureau de gestion de projet), éventuellement externe à l’équipe et indépendante du responsable fonctionnel pour gérer tout le bordel, les plannings, les actions, le reporting,… En plus d’un chef, également.

Supprimer les vieilles méthodes

Comme je le disais, il ne s'agit pas pour moi de faire la critique des méthodes utilisées mais de rappeler le constat : elles ne sont pas adaptées à des projets numériques. Il faut donc en utiliser d'autres, plus souples,... Il faut en finir avec les "dossiers d'architecture technique" et autres "documents de conception détaillée". Tant pis !

Mais pour que cela fonctionne, que le numérique s'applique à certains projets, tous les projets doivent prendre les nouvelles méthodes. C'est une révolution qui doit se faire dans les DSI.

Avant-projet

Je parlais récemment de Moneo et d'une des raisons de l'échec : les PME ne sont pas rechargeables sur les distributeurs automatiques.

Aussi, on ne répétera jamais que dans tout projet informatique (numérique ou pas), la phase la plus importante est la conception initiale, le cadrage. Il ne suffit pas dire : on veut ça, mettez-vous autour d'une table pour le faire. Il faut que l'avant-projet définisse toutes les briques impactées et que le responsable fonctionnel puisse distribuer les copies dès le lancement.

Pensez-y bien !



03 avril 2015

Le Digital Washing et le coût des projets informatiques

Il est toujours surprenant d'observer le coût de l'informatique dans les grandes entreprises, que cela soit pour la maintenance évolutive ou les projets. Le « numérique » est bien trop souvent le prétexte à de nouvelles dépenses. Essayons d'en trouver des raisons.


La première : la routine

Les gens « du métier » de l'entreprise expriment des besoins et les informaticiens acceptent. Le métier aurait tort de se priver puisque cela marche, tout comme l'informatique qui justifie son budget ou ses factures si les développements sont externalisés. Alors le guignol comme moi dit : hé ho, on n'a pas de sous pour faire ça, ce n'est pas indispensable et il y a d'autres priorités. Généralement il perd car il est moins nombreux que les autres et ne tient pas à se fâcher avec eux ou à aller voir le grand patron ce qui nécessiterait d'expliquer le truc à un tas d'échelons hiérarchiques. 

C'est ainsi qu'on se retrouve avec un tas de développements informatiques inutiles et des factures incroyables tout en ayant de gros manques dans le système d'information parce que le guignol comme moi n'a pas réussi à imposer son point de vue voire a eu la flemme de le faire.

Je vais donner un gros exemple en le caricaturant volontairement : Moneo, le porte-monnaie électronique développé à la fin des années 90. Les "métiers" dans les différentes banques ont imaginé ce truc et ne se disant que c'est vachement bien. Les informaticiens ont vu un truc génial, nouveaux. Vous ne pouvez pas imaginer le coût de ce truc ! Des dizaines de millions d'euros, voire des centaines !

Moi, le guignol dans le bureau d'à côté, je disais : vous êtes fous. Ca va coûter une fortune, vous feriez mieux de changer le système de paiement par car pour qu'on puisse faire des paiement de petits montant sans saisir de code confidentiel. Ca ne coûterait presque rien au niveau informatique.

L'avenir m'a donné raison. D'ailleurs, quinze ans après, avec l'apparition des cartes sans contact, ils l'ont fait. Quinze ans de retard.

Je répète : mon exemple est caricatural. Mais dans une grande entreprise, ce sont des dizaines ou des centaines de projets de quelques dizaines de milliers d'euros qui qui sont lancés inutilement... Une partie de mon job est déjà les arrêter à temps.

L'autre jour, j'étais en "comité projet". Le chef de projet est un collègue à moi moins expérimenté, ancien informaticien en SSII donc habitué au lancement de projets inutiles parce qu'il gagnait de l'argent avec. Les gens du métier participaient. Un d'entre eux me rappelle que je n'ai pas pris en compte une demande or il avait été décidé que.elle serait étudiée plus tard ce dont il n'avait pas encore été informé. On avait trouvé des prétextes pour retarder la chose mais la demande était tellement conne et inutile qu'on espérait qu'il allait oublier.

Mon collègue, sentant bien une sorte de gêne, mon collègue dit qu'il allait s'en occuper. La réunion se termine. Je vais dans une autre et reviens à mon bureau une heure après. Le gars du métier avait envoyé une copie de sa demande initiale et mon collègue avait organisé une réunion de cadrage. Tous les deux croyaient bien faire. Mon collègue est habitué à accepter les demandes des clients. Il a été payé pour ça pendant des années...

La routine !


La deuxième : la non prise en compte du coût et d'organisation

L'autre jour, un informaticien chez un client me signale un problème potentiel. Je suis d'accord avec lui et soumet le cas au fournisseur du logiciel. Hier, il me fait une proposition de contournement. Je demande au client, l'informaticien et le métier, si la solution proposée est satisfaisante. Le métier me dit « OK ». L'informaticien réponde « si le métier est OK, c'est OK pour moi. » On se retrouve dans la routine ci-dessus. Il rajoute : « La documentation mise à jour en fonction sera livrée quand ? Et on pourra commencer l'homologation du logiciel à quelle date ? »

Ils ont totalement zappé le fait qu'une modification du logiciel avait un coût. Enervé, j'ai répondu sèchement que j'allais demander officiellement le devis au fournisseur, estimer nos charges d'intégration et d'homologation, vous demander d'estimer les vôtres, établir un dossier de deux ou trois pages et le soumettre à la direction puis au Comité de pilotage.

Dans les grandes DSI, ils ont une enveloppe globale pour la maintenance évolutive et ont pris l'habitude de faire les petites évolutions sans se préoccuper du coût.


La troisième : la mauvaise répartition des rôles entre le métier et l'informatique ou la déconsidération du rôle de maîtrise d'ouvrage

Je reprends l'exemple de mon collègue qui lance un dossier que j'avais enterré. Le métier avait commis l'erreur habituelle, celle qui coûte si cher, est d'avoir présenté une expression de besoin informatique et pas une expression de besoin tout court. Revenons à Monéo. Le métier n'a pas dit « on veut un moyen de paiement sans code confidentiel et sans signature pour limiter les manipulations d'espèces et toucher un peu de commissions ». Il a dit : « on veut un porte-monnaie électronique. » Et la technologie sans contact arrivant 15 ans après, il a dit « je veux pouvoir faire un paiement de petit montant sans code et sans signature en mode sans contact ».

Il a mélangé trois problèmes :
  • le développement de la puce puis du sans contact
  • le volet juridique du paiement de petit montant sans code et sans signature,
  • volet commercial (le coût du service pour le client ou le commerçant).
Il n'aurait pas du imposer à l'informatique le moyen. Il aurait fallu une couche intermédiaire pour dégrossir le sujet et la couche intermédiaire aurait dit : « bon ben les gars, si on utilisait les terminaux et les cartes actuelles, hein ? Ca coûterait moins cher, non ? »


La quatrième : l'absence d'avant projet efficace et la précipitation

Tout est dit dans la section précédente. Deux fois la même erreur car on ne se pose pas autour d'une table pour bien décomposer le sujet.


La cinquième : l'excuse du numérique ou le Digital Washing

En quoi consiste la transformation numérique dans cette histoire ? Le sans contact ? Tu parles ! Ca n'est qu'un gadget. La vraie révolution est le paiement par carte sans code et sans signature, autorisé jusque là uniquement pour les autoroutes car les sociétés acceptent de payer en cas de carte volée. Les gens du marketing (le métier) étaient contents. Ils avaient un nouveau service à proposer aux clients et aux commerçants. Les gens de l'informatique étaient contents. Ils ont trouvé de nouveaux trucs à vendre aux banques.

Le paiement sans contact est du Digital Washing.

Monéo est du Digital Washing avant l'heure. Les lascars ont dit : hé ho, c'est génial, on va pouvoir stocker de l'argent dans une carte à puce et payer avec. Mais qu'est-ce qu'on en a à cirer ? Ce qui faut, c'est payer des petits montants avec une carte, j'insiste : sans code. Et accessoirement, ne pas avoir une ligne sur son relevé de compte à chaque fois qu'on prend un café à 30 centimes dans une machine...


La sixième : l'absence de stratégie globale

J'avais déjà fait un billet pour dire qu'une des raisons de l'échec de Monéo et que ces ânes n'avaient négocié avec la mairie de Paris pour que Monéo puisse être utilisé sur les parcmètres dès le lancement des deux projets à la même époque. Mais je suis presque hors sujet.

Si vous trouvez une place de parking libre et que vous n'avez plus de sous dans votre Monéo ou votre carte de stationnement, vous êtes emmerdés. Il faut recharger le Monéo ou acheter une carte. Comment recharger un Monéo si vous n'avez pas de borne de rechargement à côté. Vous êtes coincés.

Je vais donc raconter une anecdote archi confidentielle : les ânes de Monéo n'ont pas pensé que la meilleure borne de rechargement pouvait être un distributeur de billets et ils ont conçu une technologie, pour la puce, incompatible avec celle des distributeurs. Voila pourquoi on ne peut pas recharger (sauf exceptions non conformes, à l'époque, à la réglementation) de Monéo sur les GAB...

Il a fallu investir des sommes incroyables pour le rechargement... alors que le projet était bien sur les rails.


Voila

Je vais donner deux conseils aux chefs d'entreprise.

Le premier : formez bien vos équipes d'informaticiens (les développeurs mais aussi les intégrateurs de solutions externes) à refuser tout projet s'il n'est pas financé et validé par des « instances supérieures ». Quand les banques ont lancé Monéo, les PDG des banques auraient dû se réunir en personne... Mais j'ai bien dit que j'avais pris Monéo pour caricaturer. L'important porte surtout sur les centaines ou milliers de petits développements informatiques qui sont réalisés sans le moindre contrôle.

Le deuxième : mettez en place des équipes dédiées pour ce qui touche à l'évaluation des projets.

Au boulot !

21 mars 2015

Entrons dans l'ère du numérique, avec Windows 10 !

Quoi qu’en disent certains gros, Microsoft a bien annoncé que Windows 10 sera disponible pour tous ceux qui ont une version 7, 8 ou 8.1, y compris ceux qui ont une version piratée, ces derniers n’auront pas accès au support. On peut imaginer que Microsoft ne refusera pas de leur pousser les mises à jour pour ne pas nuire à son image de marque ou qu’ils inciteront fortement à se régulariser sur le store.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la boite sait organiser le buzz avec cette nouvelle version, avec l’annonce initiale, le même OS pour tous les types d’appareil, du mobile au PC, puis les raisons du passage de 8.1 à 10 sans passer par la case 9, puis cette mise à jour gratuite pour tous sauf les pirates puis pour tous même les pirates.

Quand je suis passé à 8 puis 8.1, j’ai fait beaucoup de billets. J’étais assez séduit par l’interface native avec ses gros carrés, le store,… Mais, à l’usage,… il n’y en a pas, d’usage. On n’utilise jamais ce truc. Les applications faites pour, comme Facebook et Twiter ne sont pas à la hauteur et les versions web est bien plus adaptée. Quant aux applications plus lourdes, comme celles de Microsoft, sont encore à l’ancienne mode.

On dirait que Microsoft rate une version sur 2 pour que seules certaines trouvent l’adhésion du public, comme XP, 7… Pourtant, j’ai bien aimé Vista, je n’ai jamais eu aucun problème avec. Je me rappelle néanmoins la sortie d’XP. La boite où je bossais à l’époque (ou son CE)  avait offert un PC à chaque salarié. Une partie d’entre eux avait remis Windows 98 à la place. C’était grotesque.

La mise à jour gratuite, si elle est surprenante de la part de la firme, est naturelle. C’est ce que fait Apple avec iOS, par exemple. On ne se pose pas la question à part quelques ronchons habituels. L’iPhone demande : « voulez-vous installer maintenant la nouvelle version ? » ce qui veut dire : « hé, ducon, on a une nouvelle version, ça ne te dérange pas qu’on l’installe maintenant, ton biniou sera indisponible une demi-heure ou une heure ? » Et hop !

Elle a pour avantage, pour Microsoft, de ne plus avoir de vieilles versions à maintenir (et d’éviter le bad buzz lors de l’arrêt de la maintenance, rappelez-vous XP) et, pour tous les développeurs, de ne pas faire des versions pour les vieux OS. Cela va dans le sens du progrès, avec de moins en moins d’applications installées en local et l’utilisation du SaaS, puisque, même Microsoft propose maintenant Office par le web, comme un bon vieux Google Doc, avec les fichiers dans le Cloud. On revient à une certaine logique : l’OS redevient dans le PC. Vous achetez ce dernier avec une licence Windows et des années de mises à jour gratuites et transparentes.

Il reste, maintenant, à ce que les entreprises franchissent le pas (ce qui nécessite que Microsoft les y aide, par une version adaptée) et autorisent les mises à jour à distance et arrêtent de verrouiller les postes de travail : l’OS géré par le fournisseur et les applications sur le web, dans le cloud et tout ça. Avec le même gros, qui travaille, comme moi, dans une très grosse entreprise, on parlait, hier, des restrictions qu’elles mettent sur les PC et l’usage du web (encore que la mienne progresse : depuis quelques temps, on a accès à Youtube et Twitter).

Les DSI doivent se sortir les doigts du cul, jeter des années d’une politique fort coûteuse mais, à l’époque, nécessaire, de gestion du parc d’ordinateurs.


Microsoft leur montre le chemin. 

13 mars 2015

Les banques et la transformation numérique

« La Banque va connaître une transformation digitale encore plus violente que la Presse dans les 5 ans à venir. » Voilà ce qu’a entendu l’ami Pierre dans une émission radio animée par Nicolas Doze. La transformation numérique est au cœur d’une série de billets que je fais depuis quelques semaines, souvent basée sur ma propre expérience. Disons-le tout net : je suis au cœur de la transformation machin des banques et ne suis donc pas inquiet pour ma carrière… sauf si mon employeur rate cette transformation.

Je ne vais pas revenir sur la presse et ses mutations liées aux nouvelles technologies, à l’information en continue et le fait qu’imaginer un modèle économique devient de plus en plus difficile : c’est un sujet récurrent dans mon blog politique. Je vais parler de banque.

Un peu de politique, néanmoins, avec deux volets. Le premier est pour vous montrer que je suis sérieux : si les banques perdent des revenus, notamment à cause de la transformation numérique (mais pas que, quand on voit les taux de crédit très bas par rapport « au bon vieux temps »), elle aura du mal à financer les entreprises et les particuliers. L’économie va péricliter et on va tous mourir.

Le deuxième est pour constater que le passage à l’euro n’a pas que des conséquences financières (la crise de la Grèce, l’austérité et tout ça). Quand un particulier (vous et moi) va dans un autre pays de la zone euro, pour le travail ou le boulot, il paye comment ? Par carte… Si vous réfléchissez bien, la carte existait avant l’euro et fonctionnait très bien avant l’euro. La transition s’est faite sans douleur. La Commission Européenne a tapé sur les doigts des réseaux internationaux (essentiellement Visa et Mastercard) pour qu’ils uniformisent les commissions entre les pays de la zone SEPA. Les autorités (la Commission mais aussi la BCE) et les banques (pour résumer) n’ont rien fait pour la carte, le reste étant prioritaire. Parmi le reste, on a eu les espèces, évidemment, mais aussi les virements et les prélèvements. C’est ainsi que les autorités ont retenu quatre modes de paiement dans la zone SEPA. A titre d’exemple, notre bon vieux chèque devrait disparaitre non pas pour des basses raisons qu’on entend parfois mais parce que seuls quatre modes de paiement ont été retenus, dont une invention française, le TIP, qui légèrement transformé devient le prélèvement.

La carte existait déjà.
La BCE a dit aux banques : vous vous démerdez pour que les espèces soient disponibles rapidement (de mémoire, en  six semaines après le 1er janvier 2012, elles ne devaient plus remettre en circulation des billets ou pièces en francs).
La BCE a dit aux banques, aussi : on vous donne une dizaine d’années pour mettre en place les deux autres modes de paiement, le virement et le prélèvement. D’ailleurs, c’est assez récemment qu’on a fêté le remplacement du RIB par l’IBAN qui est à peu près la même chose mais à l’échelon européen. Le but du jeu est que les transferts de fonds et autre paiement n’aient plus de spécificités techniques, financières et commerciales, propres à une zone géographique à l’intérieur de la zone euro.

C’est bien la carte qui m’intéresse mais je vais revenir sur le prélèvement et le virement car mon blog a une haute fonction pédagogique. Le virement : vous dites à votre banque d’envoyer du pognon à un type. Le prélèvement : vous autorisez un type à prélever un montant sur votre compte. Vous saisissez bien la nuance ? Et vous vous rendez compte, déjà, qu’il a fallu une bonne dose de transformation informatique pour ne pas dire numérique.

Pour la carte, rien n’a été fait. Les réseaux internationaux ont assuré le job mais la BCE n’a pas exigé des banques européennes qu’elles créent leur propre réseau, sur le modèle de ce qui existait en France (et presque que en France), avec le groupement d’intérêt économique Cartes Bancaires (le « CB » que vous avez sur votre carte). C’était d’ailleurs un peu contraire au modèle économique de l’Europe : les banques françaises sont associées et pas en concurrence pour la gestion des flux financiers liés à la carte et ce qui va avec : la technique, la sécurité, la réglementation, … Les banques européennes ont fait la bêtise de ne pas avoir la volonté de monter un système ou espéraient se faire de la concurrence.

Toujours est-il que le marché des paiements par carte entre pays européens est passé aux mains de Visa, Mastercard, American Express et autres Diners, UP ou JCB. Pas un seul acteur européen. Pas une seule banque européenne. Des Américains et un peu de Japonais et de Chinois.

Une autre conséquence de Maastricht (je critique Maastricht pour simplifier mais la mondialisation l’imposait, je ne suis pas dans mon blog gauchiste) est la fin des monopoles. Avant vous aviez des clients avec des cartes et des commerçants avec des terminaux de paiement. Ils étaient clients des banques. Maintenant, ils peuvent ne plus l’être. Par exemple, Google se met à émettre des cartes. Ils ont un accord avec un des réseaux internationaux (Mastercard, je crois). Surtout, les commerçants peuvent ne plus passer par des banques pour avoir des terminaux. Evidemment, votre buraliste n’a pas beaucoup d’intérêt. Mais pourquoi le Printemps (je le cite au hasard) n’irait-il pas avoir un accord avec un fournisseur en relation avec un des réseaux ? Et hop ! Plus de commissions à verser à une banque, plus de flux financier qui transite par la banque du commerçant,…

En complément, pourquoi une banque française continuerait-elle à émettre des cartes estampillées « CB » en plus de « Visa » ou « Mastercard » à un client qui va souvent à l’étranger d’autant qu’elles pourraient être traitées directement par « le fournisseur en relation avec un des réseaux » dans les commerces français équipés ?

C’est ainsi que l’on va voir se multiplier les opérateurs de paiement qui proposeront des services aux commerçants entrant directement en concurrence avec les banques et raflant les commissions…  Un des enjeux de la transformation numérique des banques sera de se mettre en position de fournisseur de service de paiement entrant en concurrence avec ces opérateurs.

Tiens ! A propos d’opérateur, on a vu fleurir ceux « d’intermédiation » comme vos opérateurs téléphoniques (ça date du Minitel…) qui mettent sur votre facture de téléphone ce que vous achetez avec votre appareil. Ce qui nous amène à deux choses. Petit 1 : les paiements en ligne qui ne passent pas par les banques (comme Paypal). Petit 2 : le commerce électronique qui se développe avec notamment celui fait auprès des « Store » des Google, Apple et autres Microsoft.

Et je ne parle pas des téléphones avec une puce "NFC" qui permet de payer grâce au sans contact, sans utilisation de votre carte bancaire, facilité par ce dont je parlais plus haut : le "prélèvement". Vous autorisez Apple ou Google à prélever mensuellement un montant sur votre compte bancaire.

Ainsi, le numérique, l’Europe, la mondialisation,… le monde du paiement est bouleversé et ce bouleversement va se poursuivre. Je me limite aux « moyens de paiement » qui sont le cœur de mon métier mais je suppose que tous les domaines de la banque (crédit à la consommation, services aux entreprises,…) sont dans ce cas.


Les banques doivent évoluer pour faire face à ces changement, cette nouvelle concurrence, leur métier qui doit changer : elles ne seront plus uniquement des institutions financières mais aussi des prestataires de service. Ce n’est pas qu’un vaste chantier informatique mais bel et bien une transition numérique avec un changement du cœur de métier en plus de l’utilisation grandissante des nouvelles technologies.

10 mars 2015

Note aux andouilles qui confondent Word et Excel

Ceci est un cri de rage : aaahhhhh ! Préparant une réunion, je vais pour imprimer les documents que nous devrons étudier. Malheur ! Il s’agit de feuilles Excel qui ne sont pas imprimables car dépassent la largeur d’une feuille AA (et la longueur si on se met en « paysage »).

Cela ne vaut pas un billet me direz-vous ? Si ! Car c’est plusieurs fois par mois que je suis emmerdé avec ces machins, avec des andouilles qui fusionnent des cellules rendant impossible les modifications du tableau et les abrutis qui ajoutent des colonnes car ils le jugent utile.

La prochaine fois, je ferai un billet rageur sur l’utilisation de PowerPoint pour faire des notes. On a des gugusses qui font des présentations avec que du texte. Le sommet est atteint avec l’intégration de feuilles Excel dans des slides.

Je rappelle que Microsoft met à notre disposition notamment trois produits, Excel pour faire des calculs, Powerpoint pour faire des présentations et Word pour faire des documents.

Je rappelle la définition d’Excel selon Wikipedia : « Le logiciel Excel intègre des fonctions de calcul numérique, de représentation graphique, d'analyse de données (notamment de tableau croisé dynamique) et de programmation, laquelle utilise les macros écrites dans le langage VBA (Visual Basic for Applications) qui est commun aux autres logiciels de Microsoft Office. »

En d’autres termes, Excel n’est pas fait pour faire un document destiné à être étudié en réunion, sauf si ce document nécessite des calculs relativement complexes… Il est très facile de faire un document Word en y copiant des tableaux et des graphiques produits par Excel.

Je rappelle aussi que pour manipuler du texte, c’est Word qui a été conçu par les glorieuses équipes de Bill Gates et que l’on peut facilement y intégrer des tableaux.


Halte aux documents inexploitables !

10 février 2015

Transformation numérique : éviter le burn out !

Dans ses billets, l’ami Pierre poursuit sa réflexion sur le numérique. Dans le dernier, il pose la question : « la transformation numérique provoque-t-elle des Burn outs ? » Il répond par l’affirmative et affirme même que ces burn out doivent provoquer une baisse de la qualité pour y faire face. Je ne suis pas d’accord et vais vous coller mon argumentaire dans les oreilles pour pas un sou de plus.

Soyons précis : si la transformation numérique provoque le burn out et une baisse de qualité, elle est conne. Pesons nos mots et ne confondons pas les sujets, je vous prie. Les évolutions technologiques font qu’on est noyés sous les mails et qu’on est plus ou moins obligés de traiter ses mails professionnels en dehors des heures de bureau ce qui se termine par ce fameux burn out : quoi que l’on fasse, après « 18 heures », on est encore susceptibles d’être plongés dans le travail. Le burn out est une conséquence de ce progrès ou de ces évolutions mais est indépendant de la transformation. Il y a quinze ans, mon chef m’appelait souvent vers 21 heures sur son mon portable, toujours avec d’excellentes raisons.

A l’origine, le burn out n’est pas lié aux mails mais ces derniers ont fait en sorte qu’il n’y a plus de limite à l’intrusion du travail dans les temps de loisir. A partir du moment où vous deviez quitter le travail à 18 heures pour récupérer les mômes, vous étiez sûrs d’oublier le travail jusqu’au lendemain. Cela étant, démerdez-vous. Du moins, je ne peux pas grand-chose à part rappeler les conseils de base : éteignez vos smartphone professionnel le week-end et après 20 heures. Ne consultez vos mails professionnels pendant les heures de loisir que si vous avez le temps ou si cela vous aide réellement et en vous fixant des limites.

Comment profiter de la transformation numérique pour éviter les burn out et les couilles à l’air ?

La transformation numérique ne doit pas être considérée en premier sous l’aspect technologique mais prise en compte dans quelque chose plus global, comme dans un processus de long terme.

Prenons un exemple : il y a dix ou quinze ans, les banques ont permis aux particuliers de consulter leurs comptes en ligne. De fait, les relevés de compte que l’on recevait par la poste ont perdu de leur importance d’autant que les opérations électroniques se développant, les pointages sont devenus secondaires. Dans l’absolu, les relevés de compte n’ont plus qu’un intérêt légal (vous avez l’obligation légale de les conserver). Ainsi, les banques ont progressivement proposé aux clients de ne plus envoyer les relevés par la poste mais de les tenir à disposition du client sur leur serveur web, pour leur permettre de répondre aux objectifs légaux. Pour ma part, j’ai accepté mais je continue à recevoir un mail tous les quinze jours, m’informant de la disponibilité de relevés.

Ainsi, le numérique a permis à ma banque de faire des économies sur les relevés et de m’éviter de les classer ce qui est d’ailleurs très pratique pour éviter le burn out… Par contre, sur le fond, rien n’a été changé : je continue à recevoir un truc tous les quinze jours mais ce truc ne me sert à rien. La transformation numérique n’a pas été jusqu’au bout. Les gens qui ont mis en place un nouveau processus, au siège de ma banque, n’ont fait le boulot qu’à moitié !

Néanmoins, il apparait dans de nombreux domaines tel que celui-ci que la transformation numérique ne se joue pas dans le court terme. Entre le moment où ma banque a mis à ma disposition un serveur pour consulter mes comptes (avec le minitel…) et celui où elle arrêtera de m’envoyer des mails pour remplacer les relevés, il se sera passé plus de trente ans.

Dans son billet, Pierre décrit trois phénomènes en précisant bien que le premier n’est pas lié à la transformation numérique. Je vais lui répondre que les autres non plus. Ils sont liés à une évolution récente de l’entreprise qui aboutit à une accélération des processus mais ceci n’est pas, non plus, une conséquence directe de la transformation numérique.

Peut-être en est-ce un dommage collatéral ?

Avec le mail, on est submergés d’informations ce qui fait qu’on ne sait plus où mettre des priorités et traiter tout correctement. Le numérique nous apportera la possibilité de travailler plus rapidement mais en aucun cas d’en faire plus…

Dans aucun projet, il ne faut oublier le principe de base : neuf femmes enceintes ne font pas un enfant en un mois.


Même avec le numérique.

09 février 2015

La durée du travail [et le numérique]

Nous avions une grande réunion interne, cette après-midi. A la pose, j'étais à côté d'un groupe de collègues qui ronchonnaient sur le thème "on travaille trop". Une d'elles a dit : "dorénavant, j'arrive à 8h30 et je pars à 17h, ça commence à bien qu'on me fasse faire plus". Les autres partageaient sont avis. C'est amusant comment les gens confondent les horaires idéaux et les horaires réalistes.

8h30 est l'heure d'arrivée au plus tôt compte tenu du temps de trajet après avoir déposé ses enfants à l'école. Ce n'est pas l'horaire idéal, c'est le seul qu'elle puisse respecter. Il ne prend pas en compte les difficultés de transport qui font qu'elle arrive probablement un jour sur deux à 8h45.

Compte tenu d'une pause café d'un quart d'heure le matin, d'une autre l'après-midi et d'une heure pour déjeuner, cette honorable collègue de travail est invitée à me dire comment elle compte faire 7h48 de travail dans sa journée (soit 39 heures par semaine sur 5 jours), sans compter le temps passé sur internet ou au téléphone pour régler des trucs personnels.

Pourquoi je parle de ça, ici, moi ? 

Parce que, dans son dernier billet, l'ami Pierre explique que le numérique provoque des "burn out". Ce qui provoque des burn out est aussi que, dans le numérique, le salarié n'a plus de "chef au cul" et travaille de moins en moins, s'imaginant assez grand pour savoir tout seul ce qu'il a à faire.

31 janvier 2015

Sauvons le digital français !

Mon confrère Pierre constate que la France décroche au sujet du numérique. Outre le fait que nous n’ayons presque aucun acteur majeur dans le domaine, les Français sont à la ramasse, pour ce qui concerne l’usage, y compris en entreprise. Il conclut : « On a un souci moyenâgeux ici. Comment avancer ? » Essayons d’apporter quelques réponses.

Mais avant le « comment », il faut brièvement s’interroger sur le « pourquoi ? » parce que, en effet, on pourrait s’en foutre ! Il y a évidemment la question des usages et ce qu’ils apportent. Par exemple, il m’est insupportable de voir ma commune diffuser un magazine mensuel alors que les habitants de la ville pourraient avoir les informations en temps réel sur le web. On économiserait une fortune, sauvegarderait l’environnement, tout en ayant un meilleur service… Surtout, le numérique permet de faire de grosses économies en entreprise et de gagner des parts de marché. Si on ne relève pas la tête, on va se retrouver écarter de l’économie mondiale.

Alors que faire ? Je n’entends pas apporter de solution miracle, d’autres auraient eu les idées avant moi et on y serait déjà.

Petit 1 : supprimer toutes les subventions publiques aux influenceurs du web et les structures publiques dans le domaine, comme le Conseil National du Numérique. Vous allez me dire que c’est très libéral comme mesure ce qui la fout mal pour un blogueur politique de gauche. Certes ! Mais je vous rappelle, sacripants, que le CNN a été créé par Nicolas Sarkozy. C’est bien la France, ça ! On ne sait pas quoi faire sur un dossier, on crée une commission, un conseil,…

Je ne fais pas cette proposition méchamment. Tiens ! Je paierai des bières à Thieulin et Soufron pour les consoler. Prenez la liste des membres de ce machin : ce sont tous des professionnels du numérique. Ca leur confère, certes, quelques compétences pour parler du sujet mais ils ont des intérêts commerciaux dans l’affaire. Qu’ils se débrouillent sans l’Etat, qu’ils montent un syndicat, une association,… Ah ! Ca y est ! Je redeviens gauchiste !

Vous voyez l’illustration de ce billet ? C’est une copie d’écran de la dernière dépêche d’actualité sur le site du Conseil National du Numérique. Tout d’abord, le sujet : la censure par les états avec les CGU. Est-ce le rôle du CNN ? On n’a pas des ONG, des machins internationaux et des trucs comme ça pour s’occuper de la censure ? Qu’est-ce qu’un tel sujet fait traité sur un site aux couleurs de la République ? Ensuite, le contenu : il est vide. Ou presque : il reprend le titre du billet. Les lascars ont oublié d’y foutre le texte. Et ces gens-là sont payés pour donner des conseils à l’Etat sur le numérique ! C’est délirant.

Petit 2 : rendre obligatoire pour tous les patrons la lecture de mon billet d’avant-hier dénonçant un sondage payé par une boite spécialisée dans l’accompagnement au changement des salariés des entreprises et la formation qui va avec et qui démontre qu’il faut de l’accompagnement au changement et de la formation.

C’est simple, le numérique ! Par définition. Tu as fait une formation pour utiliser Facebook ? Dans la boite, on nous a collé une appli web pour poser les congés payés et déclarer les notes de frais. Tu penses bien qu’on n’a pas attendu une formation pour partir en vacances et se faire rembourser... On a cliqué sur des liens.

Plus sérieusement, il faut communiquer : le numérique, c’est simple.

Petit 3 : pour les entreprises assez grandes, il faut des salariés rattachés au grand patron et indépendants des directions informatiques (DSI) qui soient acteurs dans les décisions en matière de stratégie informatique.

Pourquoi ? Parce que les DSI sont trop grosses, avec des armadas d’andouilles qui défendent des intérêts contradictoires, qui répondent à des besoins d’autres directions de la boite sans que ces besoins soient analysés par des acteurs neutres, qui prennent des décisions en fonction des compétences qu’ils ont et pas de l’état du marché, qui sont conseillés par des fournisseurs qui veulent vendre leurs solutions ou leurs consultants, qui mettent des années à faire aboutir des projets sans intérêt stratégique, qui changent leur fusil d’épaule dès que la boite est réorganisée parce que le directeur machin a eu une idée géniale mais contradictoire avec la stratégie adoptée auparavant, qui sont incapables d’écouter la base à cause d’une hiérarchie infernale,…

Ce ne sont pas des critiques, les directeurs informatiques ne peuvent pas être au four et moulin ! L’informatique d’une entreprise est quelques chose de considérable ce qui va aller en croissant (et qui est d’ailleurs l’objet du billet).

Je vais prendre un exemple : j’ai une messagerie professionnelle depuis fin 1996. Dans les trois entreprises que j’ai faites au cours de ces 18 ans, elle est basée sur Lotus Notes et les boites y sont restées. Les mecs ont fait évoluer les serveurs, les clients (logiciels installés sur les postes de travail) et investi des fortunes dans ce tralala pour un résultat déplorable, des bugs affreux, une lourdeur d’utilisation,… Pas un seul type n’a été capable de dire : bon, les gars, on arrête, on passe à un truc de type « client léger » (comme Gmail) ! Par contre, ils ont réussi à mettre en parallèle des clients légers pour que les cadres dirigeants puissent se connecter de chez eux. Du pur délire.

Je vais prendre un autre exemple. Je fréquente plusieurs boites : la mienne, celles de clients et celles de quelques fournisseurs. Il n’y a quasiment jamais la wifi dans les parties communes, les salles de réunion,.. Du coup, on ne peut pas utiliser de tablettes, on est à la recherche de câbles pour se connecter, les visiteurs qui ne sont pas de l’entreprise ne peuvent pas accéder à internet,… Tout ça parce que les responsables de la sécurité ne veulent pas d’accès libre, parce que les DRH veulent pouvoir contrôler ce que les salariés font sur le web,… Il faut qu’un type puisse dire au grand patron : hé ho, c’est quoi ce bordel, il faut la wifi, ça coûterait quelques centaines d’euros par mois, soit beaucoup moins que le salaire des types qui sont là pour déconseiller l’installation de la wifi. Alors le grand patron appellerait son directeur informatique : tiens, je veux la wifi dans les salles de réunion, tu as un mois pour le faire. Le DI dirait alors : oui mais on ne peut pas à cause de la sécurité et des RH. Et le conseiller du patron lui soufflerait une réponse : dis donc, connard, ne me dit pas que les moyens techniques n’existent pas, pendant ce temps-là mes cadres s’envoient les documents chez eux par mail pour travailler le week-end. Ils disent quoi les RH et la sécurité ?

Je résume mon « petit 3 » : il faut que le patron d’une boite puisse prendre des décisions, c’est le seul à pouvoir court-circuiter ses sous-fifres !

Petit 4 : il faut un volet législatif parce que je suis un blogueur de gauche. Il faut une loi qui impose à toutes les entreprises, même celles avec un seul salarié en plus du patron, à pouvoir faire toutes ses démarches administratives internes à l’entreprise avec des applications web, dans un  délai de deux ans.

Je sens que vous voulez un exemple. Au bureau, on a une machine à expresso. Tous les mois, la secrétaire fait circuler une feuille pour que l’on puisse commander les capsules. Ca prend quasiment une semaine et cela coûte plusieurs heures de travail à l’entreprise pour des conneries (la feuille qui est perdue, le type qui se trompe,...) sans compter la secrétaire qui doit faire le récapitulatif et  tout ça. Deux jours après la commande, il faut qu’on fasse un chèque pour payer. Comptez : 30 types qui passent cinq minutes à aller chercher les capsules et faire un chèque tout en papotant avec la secrétaire. 30 personnes multiplié par cinq minutes et multiplié par deux pour le temps de la secrétaire. Cinq heures uniquement pour la livraison… Ne me dites pas que le fournisseur d’expresso ne pourrait pas faire un site web pour que l’on puisse se démerder.

Mais, me demanderez-vous, pourquoi une loi ? Les entreprises n’ont qu’à se démerder. C’est une excellente question que je vous remercie de m’avoir posée. Il y a deux raisons.

La première : faire sauter les barrières. Pourquoi existe-t-il toujours des tickets restaurants (l’utilisation d’une carte n’est possible que depuis moins d’un an et peu répandu) ? Parce que les sociétés qui gèrent ces machins font de la trésorerie entre le moment où elles filent les tickets aux entreprises et celui où elles payent le restaurant… Et vous imaginez ce que ça coûte à tout le monde en démarches administratives ? Le temps que le personnel des bistros passe à faire sa caisse et tout ça… A l’échelle de la France, l’impact sur le PIB ne doit pas être ridicule…

On en revient à mon petit 3 ci-dessus : si personne ne dit au big boss (le législateur dans notre cas) d’arrêter les conneries, elles continuent !

La deuxième : il faut forcer les gens à aller vers le numérique parce s’ils ne savent pas que cela existe, ils ne peuvent pas l’inventer et le mettre dans les pratiques du quotidien. Et c’est quand ils le sauront qu’ils le mettront au cœur de leur métier, qu’ils apprendront à utiliser les applications mises à disposition, que l’on pourra s’affranchir de la conduite du changement et de la formation…

Prenons une entreprise au hasard. Un bistro. Si le patron passe une demi-journée par mois à trier les chèques restaurants, les cartes oranges de ses employés, plus une demi-heure par jour à imprimer le machin avec le plat du jour, à écrire sur les ardoises,… et découvre que toutes ces tâches peuvent être exécutées en quelques secondes pour un investissement dérisoire, il imaginera rapidement tout le bien qu’il peut tirer du numérique. Vous connaissez beaucoup de bistro qui ont un blog où ils diffusent le menu ?

Il faut parfois obliger.

Mes exemples sont tirés par les cheveux mais n’importe quel type qui bosse dans un bureau pourra en trouver pour chez lui.

Un tel billet nécessite un résumé, non ?

Le Conseil National du Numérique a-t-il raté la diffusion d’une information qui ne le concerne pas ? Oui. Le Conseil National du Numérique a-t-il proposé au gouvernement de faire une loi pour forcer la dématérialisation des tickets restaurants ? A ma connaissance, non.

LA conclusion s’impose : il faut donner un gros coup de pied dans tout ce bazar. Je souhaite bien du courage à Madame Lemaire (et je profite pour saluer les copains qui bossent avec). D’autant qu’elle a bien des problèmes par ailleurs.


Pourquoi je parle tant de l’Etat ? A peu près la moitié du billet… Parce que c’est le seul point sur lequel la collectivité peut agir. Pour le reste, je vais donner des conseils aux industriels du numérique : il faut arrêter de communiquer au sujet d’âneries mais entrer dans le vif du sujet. L’usage. Que font vos applications avec le numérique ? Qu’est-ce qui peut influencer un patron (gagner plus d’argent) à s’intéresser au numérique, à franchir le pas ? Comment peut-il s’affranchir des difficultés ?

30 janvier 2015

Le jeune consultant en informatique

Tu sors de l’école avec ton diplôme d’ingénieur ou ton master en poche et tu viens de te faire embaucher par un cabinet de conseil. Tu ne comprends pas pourquoi tu as accepté. Quelques mois avant, tu ne pensais pas que tu deviendrai consultant. En fait tu ne te poses pas la question du pourquoi, je vais donc t’expliquer. C’est parce que les cabinets de conseil et les boites d’informatique sont les seuls à recruter et que, dans l’euphorie, tu as accepté le poste pour des raisons idiotes. A 24 ans, on ne refuse pas un travail et on sait que les premières années ne seront pas déterminantes pour la carrière.

Tu ne te demandes pas non plus pourquoi tu as été embauché puisque tu es persuadé que c’est pour ta compétence et ton diplôme. Ce n’est pas du tout le cas. A part quelques stages en entreprise, tu n’as aucune compétence. Alors je vais te dire le pourquoi et tu vas avoir une grosse désillusion. Tu as été embauché pour deux raisons. La première est que la boite a besoin de chair à canon pour son business, pour répondre à des demandes des clients pour des boulots chiants que personne ne voudrait faire. En plus, tu n’es pas trop cher et comme tu n’as pas d’expérience, ils n’ont rien à foutre que tu démissionnes au bout de six mois. La deuxième est abominable : tu as été recruté sur des critères physiques. C’est à ça que sert l’entretien, d’abord à vérifier que tu n’es pas un chieur, ensuite à vérifier qu’ils pourront te vendre à une boite. Le consultant est comme un fruit : le client a le réflexe d’acheter le plus beau.

Alors tu commences ton job et tu te mets à glander au siège du cabinet de conseil. Tu n’as que les secrétaires à qui parler et elles sont toutes fières, à 40 ans, d’avoir un petit jeune qui s’intéressent à elles. Comme elles en voient passer des tonnes au long de l’année, elles sont toujours fières… Et toi tu es content que des vieilles s’intéressent à toi. D’ailleurs, elles sont bien conservées et très élégantes avec leurs petites robes. En plus, ce ne sont pas des secrétaires mais des assistantes. Alors tu commences à les draguer un peu, te rappelant tes années d’études où tu n’avais que ça à faire.

Au bout de quelques jours, ton commercial t’amènera en entretien chez un client pour te vendre. A ce stade, tu ne comprends pas encore que tu es une marchandise. Tu te dis là pour amener de la valeur ajoutée à ton entreprise en sauvant les projets informatiques de ces clients. Au bout de quelques mois, tu comprendras le volet mercantile de la chose et tu en rigoleras. Un peu jaune, un peu amère,… Et puis tu t’en foutras. Faire ça ou peigner la girafe, du moment que le job n’est pas trop chiant et te rapporte de l’oseille.

Il est vachement sympa ton commercial, hein ! Il t’aime bien, te tutoie dès le départ et te raconte des trucs personnels, il t’a donné des conseils pour l’entretien avec le client,... Ben oui, mais c’est son métier d’être sympa. Ou, plus exactement, il est devenu commercial parce qu’il est sympa, qu’il a un « bon relationnel » comme ils disent. S’il t’a donné des conseils, ce n’est pas pour que tu puisses te vendre pendant l’entretien mais pour qu’il puisse te vendre. Il touche une commission ou sa carrière dépend de son chiffre d’affaire.

Alors l’entretien commence. Tu es dans une salle de réunion, à côté de ton commercial que tu vas prendre pour ton dernier protecteur. Tu as en face de toi une chef de service et un gros technicien mal rasé (je dis ça pour mettre du réel). Ton commercial fait un vague discours introductif, merci de nous recevoir et tout ça. Puis il va demander à la chef comment elle veut procéder pour l’entretien. Elle va dire que le mieux est qu’elle commence à présenter l’entreprise et son projet avant de te laisser la parole pour que tu puisses parler de toi. Ca se passe toujours à peu près comme ça, comme une convention. La question du commercial permet de lancer le débat… Alors la chef présente son entreprise et le projet, laissant la parole parfois au gros technicien. C’est comme s’ils jouaient un jeu de rôles, les deux,… Tu prends des notes, tu essaies de tout comprendre mais, au fond, tu ne comprends rien, c’est normal. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’ils savent que tu ne comprends rien. L’important est que tu retiennes les grandes lignes et que tu ais envie de travailler avec eux, que tu vois que le projet est fantastique, que c’est une réelle opportunité pour toi, qu’ils ont besoin de toi,… C’est aussi une façon de faire plaisir au commercial. S’il perd le marché, il aura quand même présenté des clients fantastiques à son jeune consultant. C’est bien un jeu de rôle. Dans dix ans, c’est toi qui le mènera.

Après la chef va te demander si tu as des questions. Elle sait que tu n’en as pas car tu n’as rien compris et que tu vas bredouiller « heu non, ça va, ça fait déjà beaucoup… ». Tu es vachement intimidé. Pendant tes études, tu as appris à passer des entretiens d’embauche mais pas des entretiens de recrutement de consultant, c’est à cette phase du premier de ta carrière que tu vas comprendre. La chef va dire : bon ben le mieux est que vous vous présentiez. Ton commercial va distribuer ton CV en couleur avec le logo du cabinet de conseil, tu seras au centre de l’attention de tous, tu te dis que même ton commercial, ton protecteur, va te juger sur ce que tu vas dire.

Tu vas commencer à parler. Ils vont écouter avec attention et te poser des questions. Ton commercial va te reprendre quelques fois ou insister sur des détails, le tout avec une certaine forme de tendresse, pour montrer qu’il t’aime bien, que la boite est bonne pour les jeunes,… Si ça peut te rassurer, ils se foutent totalement de ce que tu vas dire de ce que tu as fait. Ils savent lire un CV et voient que tu débutes.

Ils vont recevoir cinq ou six candidats et retiendront le plus beau, celui qui semble le plus motivé, celui qui parait le plus malléable…  Et c’est toi. Te voila retenu. Tu vas commencer dans quinze jours parce qu’il faut faire quelques démarches administratives. Alors, ton commercial va proposer que tu viennes gratuitement les deux prochaines semaines afin de te former. Tu parles ! Il préfère te donner à un client pour lui faire plaisir que de te voir trainer au siège de la boite, d’autant que tu pourrais le faire chier puisque vous êtes devenus copains pendant cet entretien.

Alors tu commences à bosser chez le client. Tu n’auras quasiment plus de contact avec ton cabinet de conseil, sauf pour les démarches administratives, genre les tickets restaurants, et à l’occasion des visites de ton commercial, toujours aussi gentil, qui te demande systématiquement si tout se passe bien. C’est ton copain.

Tu es un peu seul, au début, chez le client. Le type qui doit te guider est surchargé. Tu dois te former tout seul. Alors les mecs vont dire que le mieux est que tu testes les logiciels. Tu vas rapidement comprendre que tu as été recruté pour tester. C’est important les tests, en informatique ! Tu te rappelles la fois où Apple avait diffusé une version d’iOS buguée ? Ce bordel ! Parce que les mecs n’avaient pas assez testé le truc. Tu vas trouver ça chiant mais tu vas apprendre et c’est le but. Tu as été manipulé et tu penses que tu t’es fait avoir. Ce n’est pas le cas. Il faut passer par là pour apprendre. Tu n’oseras pas dire à ton commercial que tu te fais chier, tu ne voudras pas décevoir ton copain, ton seul copain dans ta boite.

Comme c’est chiant, tu vas travailler vite, pour te débarrasser du truc mais aussi pour montrer aux autres que tu es bon, que tu n’as pas peur,…  Et c’est très bien ainsi. En plus, tu deviendras la coqueluche de l’entreprise cliente. On aime bien les petits jeunes et comme tu te fais chier, tu seras celui toujours près à papoter mais aussi à faire le café, à dire : bon, on va déjeuner,…

Au bout de trois mois, ton commercial t’amènera tes cartes de visites. Tu ne sais pas que tu n’en distribueras jamais à part aux gens avec qui tu bosses et qui ont déjà tes coordonnées. Tu es fier. C’est la marque d’intégration réelle dans la boite, boite avec laquelle tu n’as aucun contact, à part de remplir un relevé d’activité pour qu’ils puissent faire la facturation. Quelques jours après, ton commercial t’expliquera que ta période d’essai de quatre mois sera renouvelée mais qu’il ne faut pas que tu t’inquiètes, c’est la règle dans la maison. Tu t’en fous : tu as les cartes de visite. Ca prouve bien que le cabinet a besoin de toi.

Au bout d’un an, tu changeras de classification. Ton PDG en personne va t’écrire : mon cher Dugenou, compte tenu de vos compétences, j’ai décidé de vous faire passer Consultant Ingénieur d’Application niveau 3.1. Quelle fierté pour toi ! Tu as oublié de relire le titre : ça ne veut rien dire.

Un an après, tu auras une belle augmentation et ton commercial te proposera de changer de client. Tu n’oseras pas refuser car tu te dis qu’il faut ça pour faire une carrière. Tu ne sais pas encore mais l’année suivante tu passeras consultant sénior. Au bout de cinq ans, tu seras consultant manager. Le commercial te confiera des petits jeunes à former et tu leurs expliqueras que tester les logiciels c’est très formateur. Ou alors tu auras changé de boite car tu ne penses qu’à ta carrière et tu deviens un consultant aux dents longues…

Essaie de bien repérer le moment où tu deviens mauvais…

Un roman ? La vraie vie ?

Je te jure que je pourrais mettre des noms sur chaque anecdote ci-dessus, y compris le mien !

Je me rappelle de Laurent, un jeune type très sympa, très bosseur,… Il sortait de Sciences Po ou d’un truc comme ça et avait décidé de se faire une première expérience dans l’informatique. Ce n’est pas qu’il avait un plan de carrière mais ça le faisait chier de faire les boulots qu’on fait généralement après ces grandes écoles. Mon chef aimait bien ce genre de profil et j’avais besoin d’un petit jeune de confiance pour m’épauler chez un de mes clients. En fait, je l’ai rapidement laissé tout seul, il se débrouillait très bien et je passais le voir une fois ou deux par semaine. Il avait un boulot très chiant mais passionnant et le faisait bien.

Un jour, en toute transparence (j’étais devenu le copain qui faisait le rôle du commercial), il s’en est ouvert à moi, il se demandait ce qu’il foutait là. Je lui ai dit : ben quoi, ton job est intéressant mais a un volet chiant, la partie informatique, limitée aux tests des logiciels, mais tu vois un tas de gens, tu es en relation avec la direction de communication, la direction du réseau d’agences, les fournisseurs,… Tu fais exactement ce que tu nous as dit que tu voulais faire en entrant chez nous.


Mais tu sais, personne n’est indispensable, on sait bien que tu vas partir, un jour… On est humains.

29 janvier 2015

Le digital et l'accompagnement au changement : pouf pouf !

Mon confrère Le Modérateur publie une étude de TNS Sofrès à propos de « la transformation digitale en entreprise » avec un sondage sur les attentes des entreprises et des sociétés en matière de numérique ! Je fonce donc lire les résultats détaillés. Ils me chiffonnent. Je ne les conteste pas mais il me semble qu’ils doivent être analysés avec un minimum de prudence.

Tout d’abord, l’étude a été commandité par une société que je ne connais pas qui est spécialisé dans le domaine du numérique et plus particulièrement autour de la formation et de la gestion du changement. Ensuite, le public a été ciblé très finement et concerne des salariés de sociétés de plus de 200 personnes, une partie bossant dans le secteur des ressources humaines et l’autre occupant des postes à responsabilité.

Autrement dit, aucun « salarié lambda potentiellement intéressé par les nouvelles technologies » n’a été interrogé ! C’est un peu comme si vous faisiez un sondage dans les PMU le dimanche matin à 11 heures pour demander aux gens s’ils sont catholiques pratiquants. Les pratiquants étant à la messe, on aurait comme résultat : 99% de la population française n’est pas catholique pratiquant et on le vulgariserait en concluant qu’il n’y a plus de catholique en France…

L’étude publie bien l’échantillon de la population interrogée mais mon confrère cite des chiffres, comme « 63% des salariés considèrent que le digital va avoir un impact très fort ». Le résultat exact est 63% des salariés travaillant dans les RH ou occupant des fonctions à responsabilité considèrent que patati patata.

Des chiffres surprenant ?

Prenez ce 63%, par exemple. Comment seuls 63% « de l’échantillon » peuvent penser que le numérique aura un impact important alors qu’il devrait révolutionner la plupart des professions, notamment celles dans les grosses boites ?

Autre exemple : moins de 50% de ces braves gens pensent que le numérique a eu un impact sur leur fonction au cours des dernières années et seuls les deux tiers pensent qu’il aura un impact dans les années à venir.  Ho ! Les gens ! Remettez vos bretelles ! Vous n’avez pas fait votre première visio conférence dans les dernières années ? Aucune application web a été mise à voter disposition ? Vous ne croyez pas que votre patron vous donnera une tablette pour travailler, à la place ou en plus de l’ordinateur portable ? Votre téléphone professionnel n’a pas été remplacé par un smartphone pour vous permettre de lire vos mails ?

Encore une fois, je ne conteste pas ces chiffres mais il me semble possible que les personnes ayant répondu sont complètement déconnectées de la réalité. Je vais prendre un exemple. Vous auriez fait un sondage dans la rue « connaissez-vous Twitter » il y a quatre an (c’est-à-dire juste avant les printemps arabes), 95% de la population aurait dit « non ».

Prenons un exemple dans un métier sympathique : les livreurs de bière. Actuellement, les patrons de bistro passent leurs commandes par téléphone. Dans trois ans, les systèmes de caisse calculeront la consommation de bière automatiquement. Le patron cliquera sur un machin dans son iPad pour valider des chiffres et les tournées de livraison seront optimisées par les nouvelles technologies, les camions étant équipés de systèmes GPS calculant les meilleurs trajets en fonction de la circulation. Je dis ça au hasard. Je n’y connais rien. Je ne suis pas livreur de bière mais buveur de bières.

C’est à la fin de l’étude que l’on comprend sa motivation puisque les résultats montrent que la formation des salariés et l’accompagnement par les RH est indispensable. Forcément, le sondage a été fait auprès des RH qui doivent faire leur boulot et de responsables qui se demandent bien comment ils vont réussir à changer les méthodes de travail des salariés.

Et la boite qui commandite le sondage est spécialisée dans le domaine de la formation de l’accompagnement au changement dans le domaine du numérique.

Alors je vais donner des conseils pour la transition au numérique.

Ecoutez-moi bien, responsables des RH et petits cadres en entreprise (je dis petit cadre, ce n’est pas péjoratif, c’est par opposition au cadre de direction).

Tout d’abord, je disais là-haut qu’aucun salarié lambda n’a été sondé. Vous pouvez noter qu’aucun spécialiste d’application informatique (ben oui, ceux qui produisent le « digital », quoi !) n’est questionné. Ils pourraient pourtant confirmer qu’ils font des applications de plus en plus simple à utiliser, que c’est le progrès qui fait ça, le progrès technologique mais aussi le progrès global de la société (que l’on peut contester, le sujet n’est pas là, Didier). Ils pourraient confirmer qu’il y a des patrons qui achètent leurs logiciels pour gagner de l’argent et certainement pas pour en dépenser en formation du personnel. Je ne suis pas un spécialiste mais mon job est précisément de faire évoluer le Système d’Information de ma boite pour faciliter le travail des salariés et qu’ils puissent se concentrer sur les machins à valeur ajoutée et les tâches importantes.

Et je suis confronté à un public de responsable des RH et de petits cadres en entreprise qui me demandent des manuels utilisateurs et autres guides divers pour qu’ils puissent préparer des formations parce qu’ils ne savent pas appréhender les choses.

Alors je leur réponds avec le manuel.
Petit 1 : tu cliques sur le lien.
Petit 2 : tu saisis ton identifiant et ton mot de passe si nécessaire.
Petit 3 : tu regardes ce qui est indiqué à l’écran.

La gestion du changement est marginale et porte uniquement sur le cœur du métier, pas sur l’outil informatique utilisé qui, par nature ou presque, sera plus simple que l’ancien.

Facebook pour l’exemple

Tiens ! Toi, petit cadre entreprise ou responsable RH. Il y a trois ans, tes gamins ont commencé à grandir, tu as voulu créer un compte Facebook pour être à la page, parce que tes collègues en ont un,… Tu as eu des difficultés ?

Ben non. C’est enfantin. Tu as eu du mal à trouver des amis, peut-être ? Crois-tu qu’il y ait 36 solutions et qu’une formation aurait pu t’aider ?

L’informatique en entreprise, à l’heure où l’on parle du digital, c’est pareil.

Le digital ?

C’est un mot qui fait peur. J’en profite pour saluer mes copains qui travaillent ou travaillaient dans le secteur…

C’est quoi, « digital » ? C’est l’adjectif qui vient de doigt. Il y a quelques siècles, nos amis anglais ont adopté ce mot comme ils nous ont piqué pas mal d’éléments de langage. C’était une grande époque, on n’arrêtait pas de s’envahir réciproquement et on filait plein de mots aux anglais. Maintenant c’est le contraire. Je me comprends, Didier, bordel. Doigt est devenu « digit » puis a été utilisé pour désigner les chiffres.

Il y a une trentaine ou une quarantaine d’année, une société s’est créée « Digital Display » et a vendu un système qui permet d’afficher des chiffres avec 7 barres lumineuses. Elles sont toutes nécessaires pour afficher un « 8 ». Pour le transformer en neuf, il suffit d’éteindre celle en bas à droite. Prenez 7 allumettes, pour tester ! Et regardez l’illustration de ce billet pour bien comprendre.

Du coup, c’est devenu à la mode dans ces années-là et le mot, le nom d’une marque, est passé dans la langue courante, comme un vulgaire Klaxon ou Frigidaire. C’était dans la langue anglaise en plus ! Et des andouilles de Français ont décidé de le rapatrié chez nous alors que le mot « numérique » est ci-joli (par rapport à « digital », hein !) mais pas nécessairement plus adapté.

Le digital n’est qu’un pas dans l’évolution de l’informatique, comme quand on parlait de web 2.0 il y a cinq ans, mais c’est devenu ringard.


N’ayez pas peur !